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mardi 29 décembre 2015

Contes limites, du Cosmoschtroumpf au Petit Prince

Avertissement pour une fois

Ce billet se place dans la perspective d'un urgentissime changement de nos mentalités et comportements, afin de nous éviter les conséquences brutales d'un excédent de population terrestre, par exemple une sélection par le chaos et la guerre ou par diverses actions exterminatrices encore inconnues. La transcendante originalité de ce billet ne garantit aucunement sa pertinence - par rapport à quoi, c'est justement à ce genre de question que nous essayons de répondre.

En théorie, c'est simple : pour assurer un avenir digne à notre humanité dans un monde en rétrécissement, il suffit que nous changions tous de rêve, d'idéal et de valeurs, et alors nos comportements suicidaires disparaîtront d'eux-mêmes et ce sera l'harmonie paisible sur une Terre préservée. En pratique, il est évident que les tentatives de contrôle des esprits seront toujours d'actualité : comment peut-on prétendre gouverner les gens sans gouverner leurs esprits ? On sait par expérience qu'une tentative de reprogrammation totalitaire universelle des comportements est possible - des essais sont certainement en cours - mais que l'effet d'une telle tentative universelle ne sera pas définitif s'il est produit sous contrainte, et que son effet sera nul ou minuscule sur certaines populations pour cause d'insensibilité particulière au logiciel de reprogrammation. Il est donc nécessaire d'approfondir la réalité de nos rêves, idéaux et valeurs, en relation avec nos comportements.

On pourrait évidemment en écrire des milliers de pages, alors qu'il suffit de poser les bonnes questions, c'est bien connu. On oublie d'ajouter que le jeu des références successives dans un questionnement systématique garantit logiquement le retour au point de départ si on reste dans un univers fermé, la seule alternative à cette fatalité dans un monde clos étant de se perdre en cours de route. Le sage paresseux commencera donc par reconnaître sa propre insuffisance en même temps que la nécessité d'échapper à cet enfermement. Il devra anticiper les difficultés de transmission du résultat de son expérience s'il n'est pas en position de l'imposer à autrui. C'est pourquoi sans doute tant d'oeuvres philosophiques peuvent être comprises comme une poésie ironique.

Ceci dit, afin d'excuser, autant que possible, la prétention du sujet de ce billet, ses apparentes errances, l'ironie qui en émerge.

Autrement, ce ne serait pas sérieux.

Choc de civilisation en BD

Commençons donc concrètement par la part du rêve, puisqu'il faut d'abord comprendre comment on peut dépasser nos limites mentales courantes sans recourir aux artifices réservés à une élite : qu'est-ce qui fait que certains contes ou récits fabuleux, pourtant rabâchés, absorbent notre attention et mettent notre esprit en errance, jusqu'à leur terme suspendu ou leur fin généralement stupide ? Alors que souvent l'histoire se passe mal, que les monstres menacent de dévorer les personnages sympathiques, que le drame, la tragédie semblent inévitables ?

Prenons un premier appui sur une oeuvre du sixième art, imprégnée de l'esprit ambiant de son époque : le Cosmoschtroumpf, un conte en bande dessinée.

Cosmouf.jpg

Autant le dire tout de suite : dans l'actualité tapageuse d'un nouvel épisode des Star Wars, et dans l'écho de découvertes scientifiques renversantes sur la composition de planètes et de comètes alentour, l'album Cosmoschtroumpf de 1972 ressort comme une oeuvre plus profonde que bien des écrits ambitieux. L'art de ce genre de bande dessinée "comique" bien faite, c'est d'aborder des sujets complexes ou des questions profondes au travers de situations potentiellement catastrophiques dont on s'évade par diversion ou dérision, comme dans la vie, mais en forçant le trait (geste, couleur, caractère, disposition graphique...) pour souligner les passages d'évacuation. C'est très conventionnel et répétitif par nature. Il suffirait à chaque fois d'un rien pour transiter du comique au tragique, et donc rien n'empêche de développer une réflexion "sérieuse" à partir d'une bande dessinée.

A la sortie de l'album "Le Cosmoschtroumpf", la jeune génération de l'époque fut captivée par la rencontre de couverture entre modernité et sauvagerie - un choc de comédie, puisque les collègues du Cosmoschtroumpf simulent, à son intention, une planète à découvrir, après l'avoir maintenu dans un profond sommeil durant son illusoire voyage interplanétaire. Par cette simulation réaliste, ils veulent éviter que l'obsession du Cosmoschtroumpf ne lui soit fatale à force de tentatives décevantes pour faire fonctionner sa fusée interplanétaire. Dans son genre, en nous décrivant des personnages qui jouent aux sauvages extraterrestres, cette bande dessinée illustre la pesante continuité de nos fondations sociales et de nos idéaux hérités des âges obscurs, d'une manière moins naïve que certains romans de science fiction. Elle illustre aussi la misère de notre ardeur technicienne, au service de nos rêveries sans modération. Au total, faire le sauvage, c'est un jeu d'enfants, mais pour des adultes, l'exercice devient complètement insensé et ne peut que déboucher sur une forme de dépression dès lors qu'il nous fait réaliser que nous sommes des sauvages pour de bon.

Le cosmonaute et le mégot

Imaginons que notre Cosmoschtroumpf sur une planète inconnue découvre, au hasard de son exploration, un mégot posé sur un caillou (ou un autre déchet témoin banal incontestable de notre civilisation). Enivré par l'excitation de la découverte d'un monde neuf, le cosmonaute n'envisagera pas spontanément l'hypothèse d'une supercherie, d'autant moins après le constat d'unicité du mégot dans le paysage exploré. Il tentera plutôt d'échafauder des réponses cohérentes avec sa croyance. Par exemple, le mégot aura été aspiré par une tornade terrestre puis transporté par un courant spatial ou bien il se sera tout simplement collé à la fusée au début du voyage interplanétaire. Ou alors, il s'agirait d'un mégot reconstitué par une imprimante 3D locale sur la nouvelle planète - oui, mais d'après quel modèle, et à partir de quelles matières premières ? Ainsi, progressivement, le cosmonaute en viendra à concevoir la pire des explications pour lui, celle où il n'est plus le premier découvreur de la nouvelle planète. Alors, l'incertitude risque de ronger son esprit s'il ne trouve aucun autre indice matériel en support d'une autre explication, s'il ne parvient pas à communiquer avec une population locale ou si elle ne lui fournit pas de piste fraîche, pas de diversion convaincante - comme on dit si bien.

C'est une terrible réalité : nous trouverons des mégots partout où nous irons, parce que la production de déchets complexes inutilisables et séculairement impérissables est la marque de fabrique de l'humanité industrieuse, en conséquence dérivée de nos habituelles manières de traiter avec "notre environnement" comme avec l'"étranger" : reconnaissance pour assimilation jusqu'à l'exploitation inconditionnelle au nom d'idéaux de circonstance. Le concours frénétique pour imaginer la présence d'eau sur Mars, n'est-il pas digne d'un Cosmoschtroumpf, sous l'empire du rêve où cette planète pourrait devenir une nouvelle Terre ?

En bref : tout autant qu'un mégot sur un caillou, nos idéaux et nos rêves sont des éléments constitutifs de notre réalité, celle de nos pensées, celle qui conduit nos actes. (NB. Le mot "rêve" est à comprendre ici au sens d'une aspiration imprimée sur notre conscience en tant que projet vague, d'où la proximité des rêves avec les idéaux et les valeurs, avec la différence que pour ses idéaux ou contre d'autres idéaux, chacun de nous serait prêt à mourir tout de suite ou, à défaut, serait prêt au pire).

Actualité antique, le retour

Nous voici maintenant équipés mentalement pour aborder l'autre forme de conte : la tragédie. Cette transition n'est pas incongrue. Le conte et la tragédie, on peut les considérer comme deux exercices littéraires sur le choc de la "réalité" et de la "vérité", sur l'incohérence des rêves personnels et des idéaux collectifs (et inversement), sur l'incomplétude de l'ordre face à l'arbitraire, sur la contradiction de nos projets face aux fatalités, avec des conventions différentes pour les raconter. Dans un conte, on se place dans un monde imaginaire mais pas bien différent du nôtre, puisqu'un enfant s'y retrouve spontanément; à la fin du conte, on s'en sort par une pirouette. Dans une tragédie, peu importe où on se place, l'espace mental se referme inexorablement et à la fin personne ne s'en sort. Cette littérature est l'équivalent d'une science expérimentale de nos limites dans le cours de notre vie sociale.

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Prenons un exemple de tragédie extrême : Iphigénie en Aulis d'Euripide. Le ressort du spectacle, c'est la variété des accommodements des personnages pitoyables ou révoltés, avec les forces sociales et les puissances physiques et divines, jusqu'à la résolution criminelle par un sacrifice humain. L'oeuvre fut écrite par un auteur célèbre qui n'avait plus rien à démontrer, réfugié à l'écart des blocs en affrontement depuis des dizaines d'années dans une guerre mondiale à l'échelle de l'époque - la guerre du Péloponnèse. C'était un homme de grande culture, il connaissait la démocratie en vrai déjà sous diverses formes, et il pouvait quotidiennement observer les mécanismes de la montée aux extrêmes entre des peuples civilisés à partir de pas grand chose - d'après Thucydide, en termes de géopolitique, le moteur initial de la guerre était la peur devant l'expansion des autres, pas seulement en termes de force brute, mais aussi de rayonnement culturel, d'ampleur des relations commerciales, etc. Est-il étonnant que cette oeuvre paroxysmique puisse nous sembler contemporaine ?

Très différente dans ses ressorts est la tragédie Iphigénie de Racine : les personnages s'emmêlent dans leurs psychismes et les devoirs de leurs apparences sociales, la dimension dramatique politique et religieuse reste dans le décor ... Pour mille raisons, en premier la différence de public, il est vain de tenter de comparer la version de Racine à la tragédie d'Euripide malgré l'identité apparente du sujet. On pourrait discerner chez Racine une anticipation psychanalytique, en tous cas une exploration de la relation entre le conscient et l'inconscient - nous ne développerons pas, c'est hors champ ici.

L'Iphigénie cinématographique de Cacoyannis (1977) tente une synthèse actualisée des deux conceptions tragiques, au moins dans la représentation et l'incarnation des personnages. La fin brutale du film nous épargne l'insoutenable légèreté (selon un point de vue contemporain) d'une substitution terminale de la victime par un animal (Euripide) ou par une autre personne (Racine). De toute façon, le résultat de la mise en balance entre deux réalités, celle d'un sacrifice humain et celle d'un rêve héroïque partagé, nous le connaissons sans ambiguïté depuis toujours... Certains carrés de nos cimetières en témoignent pour notre histoire récente.

Pourquoi l'éblouissante universalité de l'Iphigénie d'Euripide, parmi tant de récits sacrificiels trop dépouillés ou au contraire trop habillés pour en transmettre l'humanité profonde, a-t-elle été escamotée par tant de savants demeurés au niveau des explications scolaires de texte ? Serait-ce parce que la tragédie antique nous en dirait trop sur notre époque présente, et que cela ne cadre pas avec notre condescendance envers les Anciens qui ont tout inventé mais pas le progrès technique ni l'économie financière ? Par exemple, la réalité des processus de décision par les notables et les beaux parleurs est déjà complètement exprimée dans la tragédie grecque, notamment l'implacable cohérence des mensonges et la mécanique de convergence inexorable vers les croyances qui nous arrangent et les solutions qui s'en dégagent naturellement. Qui osera écrire une version moderne de cette tragédie, tandis que chaque jour nos dirigeants entrepreneurs gestionnaires sacrifient des milliers d'Iphigénies, toujours à peu près pour les mêmes raisons que dans la tragédie d'origine : pour que des gens continuent de vénérer les grands personnages, pour que les foules continuent d'aspirer à de nouvelles conquêtes dans la douleur, pour que des esclaves laborieux continuent de fabriquer des justifications ?

Comment ignorer que les réalités physiques et géopolitiques de notre petit monde contemporain sont redevenues plus proche de celles du monde grec antique que de toute l'histoire mondiale intermédiaire ? Et que les réalités mentales sont demeurées telles quelles ?

Evasion obligatoire demain

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Une misère flagrante de la pensée contemporaine, c'est la rareté des contestations des représentations des valeurs et idéaux obsolètes qui nous servent encore de référence, et en particulier des valeurs héroïques dévoyées à la Star Wars - valeurs personnalisées par des sauveurs ou des conquérants munis d'hyper machines, de superpouvoirs ou d'ultratrucs pour tout casser, tout gagner, tout s'approprier à la fin - une fin qui ne peut être qu'un cauchemar en sursis dans le meilleur des cas, après un match à rebondissements contre une caricature bien coopérative du Mal (autant dire du maladroit).... On se prosterne trop commodément devant le prétexte de la simplification enfantine, devant les lois des genres destinés à un large public, ou encore devant la liberté de création. La triste réalité de notre époque, c'est que ces valeurs pseudo héroïques ont encore cours; on peut constater d'ailleurs que les "bons" et les "méchants" les ont en commun dans toutes les représentations médiatisées de leurs professions ou de leurs statuts sociaux. Et nous écoutons passivement nos meneurs politiques, nos grands hommes, nos penseurs éclairés, nos fiers entrepreneurs nous parler de liberté, de démocratie, de solidarité dans les mêmes termes, en attente des mêmes assentiments, qu'à l'époque des Lumières, des diligences et des populations d'analphabètes dont la durée de vie moyenne plafonnait autour de 30 ans, à l'époque où le monde restait à découvrir.

La grande invention urgente de notre humanité présente devrait être une forme de citoyenneté planétaire responsable, en pleine conscience de nos limites individuelles et sociales, en pleine conscience des dangers et des faux semblants des idéaux et des rêves qui ont fait de nous des maîtres du monde incompétents. A présent que chaque personne d'un pays "développé" dispose de l'équivalent mécanique de plusieurs dizaines d'esclaves antiques, et que le Web pourrait être l'instrument d'une forme de démocratie revitalisée, comment échapper à l'obligation d'un miracle de civilisation aussi puissant et concentré dans le temps que le "miracle grec" antique ? Mais surtout pas sur les mêmes fondations.

Au contraire, nous pouvons constater que notre monde, dans sa réalité dramatique demeure celui de la petite princesse Iphigénie, à la différence que nos idéaux et nos rêves ont perdu leur substance, au point qu'ils assurent couramment la fonction de grigris autocollants dans la composition des discours emphatiques et dans les productions destinées à nos enfants joueurs d'objets logiciels déformables et agglomérables (fonction moins irréelle que l'assimilation implicite de "nos valeurs" à "nos coutumes" par tant de dirigeants de pays aux populations multiculturelles). En même temps, chaque jour un peu plus, le monde du Petit Prince s'éloigne de nous, avec celui de la vendeuse d'allumettes, dans la nostalgie des songes de nos ancêtres proches ou de nos contemporains âgés, mais dont nous ne savons plus partager les joies ni les douleurs. Cependant, la continuité de l'héritage mental est assurée : les niaiseries de notre temps valent bien celles de nos anciens puisqu'elles reviennent s'alimenter sur de très antiques racines, et bien que nos monstres n'aient pas les mêmes apparences, ils ont les mêmes fins et les mêmes manières que les leurs. Hélas.

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Pauvre andouille de Petit Prince, voilà ce qui a tant fait rêver l'humanité du siècle dernier : le pouvoir absolu, sous une forme quelconque du moment qu'il y avait un brin d'absolu, une ébauche de concept extensible à l'infini, même avec les deux pieds enfoncés dans un tas de fumier. La bonne question qu'il fallait nous poser, c'était celle de notre rêve. On en a fait des inscriptions, des peintures, des livres, des monuments et des dessins partout, et tant de projets encore dans les cartons. Moches. Tu aurais pu nous le dire avant de partir.

Toute science humaine est science des limites, en particulier pour les reconnaître et les déplacer, mais pas plus.

Mais, à présent, pour quel art de vivre sur une planète Terre, à la fois totalement habitée et de moins en moins habitable ?

A partir des "chiffres de l'économie", des sondages d'opinions, des études d'experts, des essais de penseurs, on ne fera que des projections de nos interprétations du passé, insuffisantes par manque d'audace et de réalisme, à l'intérieur de barrières d'intransigeance peureusement considérées comme des limites infranchissables, dans la terreur de nos monstres familiers.

Il est urgent de rêver sérieusement à un nouvel art de vivre et de s'accorder là-dessus entre les peuples de la Terre. Les bons idéaux et les bonnes valeurs, chacun les recréera par nature et selon besoin. Le reste suivra.

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Notes et compléments

L'idée du mégot trouvé sur un caillou en zone déserte est inspirée de la nouvelle "Le mégot" de Jacques Perret dans un recueil "Histoires sous le vent", republiée pour la jeunesse de 1959 dans "60 récits du nouveau monde" chez Gründ, un volume de 630 pages. (Hé oui, il y eut une époque où l'on pouvait offrir un gros livre de textes à des enfants, et ce livre était lu par eux en quelques jours ou semaines). Dans le récit original, écrit dans une langue savoureuse, le mégot est découvert par un chercheur d'or et son compagnon sur une plage de rivière après plusieurs jours de remontée en autonomie totale en pirogue à la rame en Amazonie dans une nature vierge. L'histoire qui s'en suit est à la fois grotesque et tragique, comme dans les moments d'exception de la vie réelle : recherche frénétique d'une explication à la présence du mégot dans ce coin isolé, jusqu'à l'extorsion d'un aveu du compagnon sous la menace d'une arme, etc. Actuellement, la menace du mégot a complètement changé de nature et de proportion : dans nos pays civilisés, nos plages marines voisines d'estuaires sont recouvertes de mégots et nos navigateurs solitaires rencontrent des amas de déchets en pleine mer. Notre planète est en évolution naturelle au stade "Mars moins 100 ans" plus les mégots, il est désormais normal qu'on en trouve partout.

En référence à l'antiquité grecque, il est utile de préciser que l'héroïsme de cette époque avait une consistance que n'a pas sa version moderne à la Star Wars (exemplaire par la persistance de ce que nos enfants en retiennent). Ce n'était évidemment pas seulement l'héroïsme du vainqueur : Hector, le perdant, est le grand héros de l'Iliade homérique. On ne croyait à aucun destin après la mort et on ne pouvait rien contre l'arbitraire des dieux, dont on cherchait les signes partout et constamment. Si on tente d'exprimer la mentalité du héros grec antique en termes "modernes", on a ceci : il faisait son devoir en recherchant l'éclat de la perfection, afin que d'autres s'en souviennent. La résonance avec un code du samouraï est évidente, plus généralement avec les règles fondatrices des groupes sociaux qui exigent l'abnégation de leurs membres dans un cadre défini, pas seulement des guerriers mais des artistes, des scientifiques, des explorateurs, des commerçants... Clairement, ce principe d'abnégation est à l'opposé d'un principe consensuel de solidarité au bénéfice d'un projet ou d'une finalité choisie - que l'on pourrait qualifier de principe de consensus "démocratique" par différence avec un principe d’abnégation codifiée. Néanmoins, en pratique, cette opposition des deux types de principes n'exclut pas la coopération des personnes diversement soumises aux deux types de principes si ces personnes vivent à l'intérieur d'une société intégrante capable d'évoluer, et sous l'évident préalable qu'aucun groupe ne soit enfermé dans un principe d'abnégation exclusive totalitaire (de nature religieuse, contractuelle, catégorielle,...). De ce point de vue, les conditions pratiques de compatibilité constructive des deux types de principes et la négociation d'une forme de pacte social de finalités communes sont devenues cruciales pour l'avenir de nos sociétés dans un monde de moins en moins habitable du fait des activités humaines. Cette conclusion diffère de la maxime bien connue "agir localement, penser globalement", une ineptie de théoricien, sauf dans le cas des pays découpables en régions géographiques de populations mentalement homogènes.

Suggestion de réflexion savante : étude rétrospective dans les arts populaires, par exemple de Star Wars à Iphigénie, des filiations et transformations des ressorts dramatiques de la tragédie grecque antique et des idéaux mis en balance dans cette tragédie, pour quels publics, pour quels attendus. Grand merci par avance.

dimanche 11 janvier 2015

Neutralité du réseau et politique du Web

Le principe de neutralité du réseau Internet vient d'être réaffirmé.

Tout paquet élémentaire d'information est techniquement acheminé de la même manière, indépendamment de son contenu propre, indépendamment du contenu dont il fait partie, indépendamment de qui est l'émetteur, indépendamment de qui est le destinataire... Voir "Neutralité du réseau" sur Wikipedia.

Le respect du principe de la neutralité d'Internet empêcherait notamment la création de plusieurs réseaux distincts - par exemple la création d'un réseau pour les vidéos à la demande, dont l'accès serait facturé séparément aux utilisateurs.

Principe de neutralité : affirmation tautologique découlant de la nature même du réseau ou puissante décision fondatrice ?

Moi, minuscule utilisateur du Web, je n'ai pas l'intention de critiquer les principes soutenus par les maîtres du monde. Je suis bien trop peureux pour cela. Et certainement trop mal informé pour appréhender l'immensité des enjeux. La preuve : jamais on ne me consulte, bien que je pratique le Web quasiment depuis son origine à travers divers milieux et organisations (ou justement à cause de cela ?) ! Comme tout le monde, j'ai presque toujours droit au même type de discours en deux temps à mon intention dans les medias : premier temps, l'affirmation de valeurs ou principes généraux (ici, la "neutralité", devant laquelle mon misérable esprit est invité à s’incliner spontanément); deuxième temps, la promotion d'une prétendue avancée technologique (par exemple, en France, l'annonce de la future disponibilité du wifi dans les trains à grande vitesse, une évidente priorité nationale pour favoriser l'avachissement mental des illettrés assis, provoquer des attaques cardiaques par l'afflux incontrôlé d'informations catastrophiques en temps réel, etc.).

J'avoue : je ne saisis pas la possibilité d'une logique d'enchaînement entre les deux temps, entre l'affirmation du grand principe et la promotion publicitaire qui suit. Ou plutôt si, je comprends très bien, et d'ailleurs, j'en ai déjà trop dit…

Ah comme j'aimerais pouvoir piétiner tant de livres, d'articles, de vidéos... à propos d'Internet, du Web, des nouvelles technologies, de l'intelligence artificielle, de la communication, de l'innovation, de l’informatique, de la démocratie, des compétences, de la transmission de l'expérience, de l’économie… ! Je préfère ne pas parler de ces productions, surtout de celles qui ont une réputation établie, malgré la publicité que cela ferait peut-être à ce blog. Non, il est aussi vain de provoquer les fantômes d'auteurs célèbres décédés que de critiquer les compétiteurs actuels de la course médiatique, c'est donner prétexte aux seconds pour se faire valoir en saturant les media. Du vent !

Car nous sommes déjà nombreux à réaliser que le discours qu'on nous sert sur les sujets de société comme le Web, par des experts, des journalistes, des politiques, des gens de science... c'est un discours pour les débiles, et même pire, un discours débilitant.

Non ?

Settlers1.jpg L'une des plus navrantes réalités de ce discours moderne, malgré les Lumières et les révolutions scientifiques, c'est l'incapacité persistante de nos penseurs et de nos dirigeants à distinguer politique, gouvernement et gestion autrement qu'en prétendant les incarner par des institutions, des niveaux hiérarchiques, des métiers définis par des diplômes. Dès lors, toute société humaine est facile à "gérer", comme dans un jeu vidéo. Alors que politique, gouvernement, gestion devraient représenter des niveaux de finalités, d'objectifs, de règles, destinés à mettre en commun des plans, des priorités, des idées, réparties à diverses échéances, établies pour diverses durées de validité, correspondant aux différentes échelles temporelles respectives de la politique, du gouvernement, de la gestion. Et que ces échelles de temps se trouvent évidemment toutes réunies dans la mise en pratique quotidienne des activités les plus basiques. On ose parler de "science" politique, alors qu'on en est dans ce domaine à l'équivalent de l'astrologie, et que le défaut originel se fonde précisément sur la simplification consistant à placer la politique en premier, comme si le reste, le gouvernement, la gestion, en découlait à travers divers niveaux d'exécution. La prétention à incarner des abstractions dans des institutions et des personnages ne peut fonctionner que dans un monde d'êtres robotisés commandés de l'extérieur (ou par une caste : il y eut des sociétés historiques et il existe encore des sociétés humaines de ce type), niant la réalité que l'être humain demeure, avec ses limites, non seulement le porteur ultime, mais la seule entité vivante de synthèse des politiques, directives de gouvernement, ordres de gestion - pas seulement dans leur application, mais, pour tout être humain libre, dans leur propagation et leur évolution.

Une traduction caricaturale du décalage entre cette prétention formelle et la réalité sociale, dans tant d'entreprises et d'organisations, c'est la pesanteur grotesque des références à des valeurs génériques dans la définition du comportement exigé du personnel. Encore plus révélateurs dans un autre sens, sont les constants ajustements des jeux courtisans autour des gens de pouvoir, variantes extrêmes de l'asservissement mental et physique à des personnages disposant d'une forme supérieure de liberté, d'où la pression en retour sur ces personnages à se comporter de manière franchement arbitraire au moins dans quelques détails... Même dans le contexte et l'environnement d'une armée en guerre, donc avec un objectif de "gouvernement" simple (vaincre l'ennemi) selon une stratégie définie, on sait bien que la guerre ne gagnera pas la paix avec l'imposition au vaincu d'un traité territorial ou commercial, qu'il faudra l'imprégnation du vaincu par une idée capable d’influencer sa politique ou son gouvernement, et que cette imprégnation sera d’autant plus efficace s'il la transcrit lui-même dans des règles ou services de gestion quotidienne et dans ses coutumes. On sait aussi bien qu'on ne gagne pas les batailles sans une intelligence du soin des combattants, de leur paquetage, de leur entraînement... Combien d'historiens se sont intéressés à la question première de l'approvisionnement d'armées nombreuses aux temps anciens avant la motorisation - pensons aux armées d'Alexandre éloignées de leurs bases, aux armées populaires de Napoléon... -, sur ce que pouvait signifier à ces époques "vivre sur l'habitant", avec quelles conséquences sur le nombre soutenable des combattants en regard du niveau des exactions commises sur l'habitant (avec ou sans promesse de remboursement, quand et sous quelle forme ?), le délai acceptable pour le rassemblement des combattants des deux camps (aux dépens de la même population locale ?), la durée supportable d'attente des armées avant "la" bataille ? Pourquoi faut-il remonter à Sun Tzu, en oubliant Thucydide au passage et tant d'humbles témoignages plus proches de nous, pour que ces questions reviennent à la mode, d'ailleurs très partiellement et confusément ? Pourquoi et comment la logistique au sens large, la vraie logistique comme réalisation des stratégies, est-elle occultée ou traitée secondairement dans une certaine culture occidentale récente, abrutie par une conception mécaniste d’un prétendu principe de subsidiarité ? Pourquoi et comment plusieurs guerres de "libération" purent être gagnées par des mouvements lancés par quelques résistants en armes, contre des nations immensément plus puissantes ?

Je ne vous égare pas, nous sommes en plein dans le sujet, à présent avec le recul nécessaire.

Le principe de neutralité du réseau se situe clairement au niveau de la gestion logistique du réseau, même pas au niveau de ce que devrait être un gouvernement du réseau, et en tous cas, ce principe ne fait pas une politique. Cependant, cette neutralité du réseau, érigée pompeusement au rang de principe, vaudrait par son incompatibilité supposée avec la réalisation de politiques considérées comme dommageables, sans que l'on précise quelle est la bonne politique choisie (?) et sans que l'on envisage une seconde de faire participer une population au choix de cette politique (population et projet politique à définir conjointement d’ailleurs…). En termes polis, disons qu'il serait téméraire, pour un utilisateur, d'accorder le moindre crédit à un quelconque pouvoir du principe de neutralité. En effet, à cause de son manque de fondation politique (à ne pas confondre avec le discours d'un jour, prononcé par un grand homme politique) et à cause de son expression purement technique, le pseudo principe de neutralité est, sera, contourné, avalé, plus ou moins rapidement selon la puissance et l'influence des opposants. Les beaux discours de niveau politique, bien percutants, à propos d'Internet comme vecteur des idées de liberté et des droits de l'Homme peuvent s'accorder avec n'importe quel jeu esclavagiste de l'esprit consistant à mettre chaque "valeur" en correspondance directe avec une réalité concrète ou un événement. Alors, le principe de neutralité, c’est vraiment un truc de tout petits techniciens spécialistes sans envergure, vite assimilé ! Et d’ailleurs, justement, le jeu des esclavagistes de l'esprit de tous bords fonctionne déjà à plein régime tout autour et sur le Web - instrumentalisé pour le recueil, l'analyse et la diffusion de nos opinions et aspirations - tout en respectant la neutralité du réseau et en poussant à l'augmentation des débits ! Les petits techniciens ne font dans ce jeu que stocker et traiter les "big data" sans poser de question, à l'abri de leur neutralité.

Comment dépasser la mutilation (volontaire ?) des niveaux d’expression politique et de gouvernement du Web ? Devrait-on obligatoirement envisager de légiférer sur le contenu ou "seulement" sur le comportement des "utilisateurs" ? Pauvre netiquette.

Le principe de neutralité du Net nous protège de quoi, nous les utilisateurs ? Si le Web nous transformait en moutons électriques, les lois physiques du courant électrique deviendraient des principes de vie ?

Le principe de neutralité est-il vraiment imposé par une autorité ou n’est-il que la traduction pompeuse d’une inertie ? Si cette autorité existe, son domaine semble se réduire aux nœuds intermédiaires du réseau. Pour une autorité si contrainte, la seule possibilité d’influer sur les contenus serait d’installer un « démon » sur certains nœuds intermédiaires, par exemple pour supprimer au passage tous les paquets destinés à des activités de pure distraction, ou inspirés par le conformisme, l'envie ou la dissimulation, ou, en poussant l’ambition, supprimer tous les paquets créés par nos tendances et impulsions dans un univers de compétition darwinienne manipulée. Il n'y aurait alors plus de problème de débit nulle part ! Ne rêvons pas, un tel filtrage est techniquement impossible, en plus de sa violation du principe de neutralité. Mon fournisseur d’accès continuera donc de me bassiner avec les améliorations de sa box en tant que magnétoscope numérique. Et les smartphones oubliés sous un meuble par des gosses partis jouer ailleurs resteront en connexion permanente pour recevoir les mises à jour automatiques des réseaux sociaux.

Il existe une conséquence de la neutralité qui me crée un léger malaise, chaque fois que je fais une démarche en tant que citoyen avec un site officiel de ma commune ou avec les services fiscaux de l'Etat à travers Internet. Car rien, dans les conditions générales de mon fournisseur d'accès n'évoque aucune forme de responsabilité spéciale dans l'exécution de ce type de transaction. Au contraire, tout y est dit pour rejeter ce type de responsabilité. Mon FAI se présente comme un simple marchand d'accès à un canal de transmission. Pour l'acheminement de courriers officiels et pour des services autrefois assurés par les postes, il y a tout de même un décalage, non ? Existe-t-il une structure, une institution qui contrôlerait un niveau de service (à définir) de mon fournisseur d'accès, et dont il dépendrait de quelque façon ? Apparemment, des gens ont décidé que je ne m'occuperais jamais de cette question. Les sites des services officiels compensent le déficit de responsabilité sur la transmission par l'envoi d'accusés de réception détaillés... par le même canal.

Un expert du Web a dit ou écrit « L’imprimerie a permis au peuple de lire, Internet va lui permettre d’écrire ». Ah oui, mais quel peuple avec quelle écriture ? A qui par qui pour se dire quoi ? Et les images, les vidéos, les (java)scripts, c'est quelle "écriture", qui charge les réseaux et nécessite des processeurs de plus en plus puissants ?

Quelle serait l’application au Web du modèle bien connu de tout apprenti économiste sous l’appellation non neutre de « tragédie des communs » ? Ce modèle est censé démontrer que tout bien en propriété commune (tel qu’un bâtiment communal, les locaux des vide ordures dans un immeuble collectif,…) se dégrade du fait de son exploitation abusive par divers types de profiteurs, au contraire des biens en propriété privée. Passons sur l’absence, dans ce modèle, d’une autorité capable d’adapter les règles d’exploitation afin de préserver l’équité. Ou plutôt non, ne passons pas sur l’évidente nécessité d’une telle autorité et osons suggérer que l’équivalent d’une propriété commune sur le Web, ce n’est pas le réseau Internet, fût-il neutre, mais l’ensemble des abonnés individuels, et que le champ de cette exploitation, ce sont les esprits des abonnés. Cette assimilation n’est pas spécialement audacieuse, il suffit de considérer la cible ultime commune de l’exploitation.

Geopol.jpg Les chapitres consacrés à Internet, au cyberespace et aux cyberguerres dans les ouvrages de géopolitique sur papier glacé expriment bien crûment l'ancrage d'Internet, pas si planétaire que cela dans la répartition des flux, dans un monde physiquement, intellectuellement, socialement défini par son passé, animé par d'antiques puissances - un monde structurellement indifférent ou antagonique à tout projet de coexistence globalisée (sinon, que serait la géopolitique ?). Le réseau Internet de ce monde-là, qu'il respecte ou non le principe de neutralité, c'est d'abord l'instrument des marchands de toutes sortes, et aussi des profiteurs du non droit, des délinquants et arnaqueurs internationaux. A l'échelle des nations, c'est un nouveau champ de la guerre entre les agents d'influence dans la compétition mondiale de leurs valeurs conquérantes, une arme pour les plus déterminés d’entre eux. Accessoirement, c’est un media de services aux abonnés... Au total, ce que l'on nous décrit ainsi, c'est l'Internet d'un monde clos en implosion, une jungle sous canopée techno. Ce n'est pas le réseau du dialogue entre les personnes, pas le réseau des débats démocratiques, pas le réseau du savoir partagé, à part quelques réalisations notables (dont l'encyclopédie Wikipedia) que l'on ne cite pas dans ces ouvrages pour leur signification véritable.

Pourtant, un type récurrent de clip publicitaire pour des box Internet ou des smartphones nous montre des gens en communication enthousiaste malgré les décalages entre les fuseaux horaires, grâce à Internet. On se dit "hey", on se voit faire de grands gestes d'amitié comme si on se connaissait depuis toujours... C'est mignon mais c'est irréel. Le rêve est vrai, d'est celui de la citoyenneté planétaire. Ce qui est irréel, c'est la spontanéité de sa réalisation par un miracle technique reproduisant l'exacte conformité de l'autre à l'idée qu'on s'en fait. Néanmoins, la généralisation d'une forme de citoyenneté planétaire serait réalisable, si on se donnait la peine d'y réfléchir sérieusement, pas en termes de politique abstraite ou de principes généraux, mais comme un ensemble de finalités incarnées dans les détails logistiques les plus fins, en passant par tous les niveaux nécessaires à l'échange communicatif entre les personnes, sans chercher par avance à soumettre cette démarche à une idéologie définitive, sans chercher à la réduire aux fonctions d'un logiciel préexistant. C’est l’objet de ce blog par ailleurs…

Mon exposé vous paraît désordonné ? Relisez. Si nécessaire, imaginez qu’il est bourré de statistiques et de graphiques, criblé de références aux grands auteurs, qu’il possède donc les attributs d'un article sérieux…

Malgré cela, la conclusion tombe toute seule.

Est-il incongru d’exprimer quelques souhaits de finalités politiques d'Internet ? Par exemple une finalité sur les échanges gratuits d'informations entre les personnes. Par exemple la finalité d'une citoyenneté planétaire pour la sauvegarde de la planète et le partage des savoirs personnels ? On pourrait aisément concevoir comment réaliser ces finalités-là sans supplément de bande passante sur le réseau, de manière pratiquement invisible en comparaison des exigences des communications centralisées dans un pseudo "réseau social".

Il serait certainement contreproductif de critiquer les gens et les organes qui détiennent un pouvoir officiel quelconque sur Internet ou sur le Web, car leurs relations avec les entreprises, agences et pouvoirs d'arrière plan qui alimentent et exploitent le réseau restreignent évidemment leur liberté d'expression et leur champ d'action. Il me semble, cependant, que ces gens seraient les mieux placés pour organiser la formation d'assemblées virtuelles d'utilisateurs sélectionnés, afin d’en recueillir, à partir de demandes bien formulées, des suggestions d'évolution du réseau, de niveau politique, gouvernemental et gestionnaire, exprimées du point de vue des utilisateurs. La composition de ces assemblées virtuelles devrait être assez fréquemment renouvelée, afin d’échapper au ronron des comités d’experts installés à vie. Faut-il vraiment préciser que les débats et les conclusions devraient être publiés sur le Web ? Faut-il vraiment ajouter que l’on créerait ainsi un nouveau pouvoir d’évolution d’Internet et du Web et que les instances existantes en tireraient une légitimité étendue ? Doit-on éviter de faire ressortir que ce type d’organisation virtuelle d’Internet et du Web pourrait représenter un prototype vers une citoyenneté planétaire ? Avons-nous vraiment le temps de nous demander si Internet et le Web ont été créés pour cela ?

lundi 3 mars 2014

Tant d’idiomes à tuer

Des idiomes d'humanité ont muté en idiomes tueurs d'humanité, et de nouveau le sort de l’humanité pourrait dépendre de notre capacité à refuser ces mutations.

En effet, pas plus aujourd’hui qu’hier, il n’existe une limite à la monstruosité des souffrances volontairement infligées par des êtres manipulés à d’autres êtres manipulés, souvent par les mêmes mots. On a voulu croire un temps, juste après la première guerre mondiale de 14-18, qu’un renouveau de la pensée, la proclamation de principes humanistes, la création d’institutions à vocation universelle, permettraient d’exclure les montées aux extrêmes et de fonder un socle des humanités. Ces initiatives ont, au contraire, favorisé la généralisation des conflagrations mondiales suivantes et laissé le champ libre à l’intensification et à la multiplication des horreurs, globalement planifiées, localement exécutées. Le seul facteur de paix raisonnée demeure l’équilibre de la terreur, toujours fragile, en multiples variantes techniques, politiques, économiques.

Certains dirigeants de ce monde se sont-ils aperçu que l’humanité ne pourrait jamais, par nature, maîtriser l’irrationnel, et qu’il fallait donc, pour prolonger les périodes de paix, faire évoluer l’équilibre constitutif de l’être humain par une canalisation de ses composants mentaux irrationnels ? Si tel est le cas, il serait préférable de le proclamer, en tant que projet de pacification universelle ; cela donnerait un sens aux bricolages d’arrière plan qui semblent avoir pour but de déplacer la répartition des activités de l’être humain afin de l’asservir à une forme d’auto hypnose collective. Internet, serait-il ce projet-là ?

En tous cas, il serait dangereux d’oublier que l’être humain naît d’une société, mais peut aussi la créer, et que c’est cela même, ce pouvoir de création sociale, qui caractérise l’humain par rapport à la machine ou à l’animal, et donc qu’à vouloir assimiler l’être humain à une super machine dispensée de création sociale dans un monde de machines ou pire, en lui faisant croire que ses créations sociales présentes sont rationnelles pour l’éternité (en s’appuyant par exemple sur de pseudo théories « économiques » ou de prétendues contraintes techniques) ou en lui faisant croire que ses conceptions sociales lui sont inspirées par une révélation imprescriptible, on dénature l’être humain en l’enfermant dans des divagations étroites à l’intérieur de modèles sociaux périmés. Histoire connue, et les sorties des époques de clôture furent toujours violentes....

Pour illustrer ces propos introductifs sur la déshumanisation en cours dans notre monde contemporain à partir des bonnes intentions du passé par agglutinations idiomatiques débilitantes, voici deux exemples de mutations criminelles en relation avec le thème premier de notre blog - la transmission des compétences personnelles sur le Web - mais il existe bien d'autres exemples de détournements.

Compétence

La définition originelle d’une compétence, celle des compagnons artisans, est la suivante : c’est une capacité personnelle pratique à mettre en œuvre un savoir faire dans des circonstances variées. Une compétence - même une « petite » compétence comme celle qui fait réussir la confection d’un gâteau -, va donc bien au-delà de la répétition d’un savoir faire appris, c'est la capacité d’adaptation de ce savoir faire aux situations diverses et aux hasards de la vie. Dans l’exemple du gâteau : comment le réussir alors qu’on manque de farine, ou de sucre, ou que le four ne peut pas monter à la température requise, ou qu'une allergie d'un des convives oblige à proscrire certains composants… Précisons que les compétences dans les disciplines intellectuelles se manifestent elles aussi par leur mise en pratique dans la réalité de la vie ; sinon, un automate intelligent sera nettement plus « compétent » !

La grande aventure humaine de la transmission des compétences à l’ère numérique reste à inventer. L’ouvrage de référence que vous pouvez télécharger ici n'invente rien par rapport aux traditions des compagnons artisans et doit beaucoup à certains ouvrages de sciences sociales ; son originalité réside dans la projection à l'ère numérique, en vue d'une révolution numérique digne de ce nom.

Car « compétence » est devenu un mot dénaturé, une idée massacrée.

Prenons deux expressions en exemple de cette dérive criminelle : « Livret de compétences » et « délégation de compétence ». Il s’agit là d’assimilations par voisinage : dans le premier cas on confond compétence et connaissance dans un contexte éducatif, dans le deuxième cas on lui attribue un contour d'objet juridique attribué à une institution. Les ficelles sont grossières ; dans les deux cas, on isole le terme « compétence » du contexte originel impliquant une relation humaine spécifique, afin d'en faire un concept directement informatisable ou un élément d'articulation dans une organisation.

Dans la première expression, celle du « livret des compétences » acquises par un élève au cours ou à la fin d’une scolarité, on induit la conception totalitaire d’un système en dehors duquel un « élève » ne saurait apprendre quoi que ce soit de valable. Il coule de source qu'un tel système, fondé sur un axiome d'exclusivité, est inapte à transmettre les bases de la culture nécessaire aux citoyens d’une démocratie authentique, une démocratie qui soit autre chose qu'une pantalonnade. Le paradoxe est que les maîtres à penser du monde de l'éducation, si chèrement formés et si cultivés, ne perçoivent pas la prison mentale dans laquelle ils sont isolés et dans laquelle ils enferment les futurs citoyens. Ce n’est pas l’acquisition d’une pseudo « compétence Internet » qui les en fera sortir, ce serait plutôt d’apprendre aux élèves à se servir d’Internet avec intelligence afin que ces élèves puissent développer leur esprit critique. Il sera pour cela nécessaire de revenir à la distinction entre connaissances et compétences, en même temps que de réintroduire la mission d’éducation (qui ne se mesure pas) à côté de l’enseignement (de connaissances).

Dans la deuxième expression, celle de la « délégation de compétences » par un organisme institutionnel vers un autre organisme institutionnel, il s’agit trop souvent de distribuer des insignes et d'imprimer des cartes de visite pour masquer un vide, le vide des finalités communes et des responsabilités assumées. Superbe cérémonial à effets de manches que la « délégation de compétences » à une institution existante ou créée adhoc ! Exemplaire mise en application du « principe de subsidiarité », alors que tout est préparé en perspective des futures batailles juridico – administratives sans fin qui auront lieu inévitablement dès lors qu’une décision « déléguée » débordera forcément du champ assigné si elle a quelque importance. Car, en multipliant astucieusement les « délégations de compétences », on se crée une pseudo structure d’institutions figées, forcément demain complètement inadaptées au « monde qui change », et on peut alors professer l’irresponsabilité devant la « complexité » du monde actuel, en fait une complexité artificielle de confort pour le déroulement de carrières convenablement animées par des effets de bord insignifiants entre les diverses branches d'institutions, d'autant plus vite traduits en imposantes piles de dossiers.

Malgré tout, voici une preuve que les mots ont un sens et une puissance qui permettrait de s’affranchir des paresses mentales de la médiocrité agglutinante... Remplaçons « délégation de compétences » par « attribution de responsabilités », ajoutons « devant qui », et « en regard de quelles finalités ou en rapport à quels objectifs définis », et nous éliminerons la plupart de nos institutions pesantes irresponsables inutiles, et nous éviterons pas mal de conflits pusillanimes « de compétences » et autant de discours fédérateurs creux…. Evidemment, pour effectuer un tel nettoyage, il faut d'abord s’accorder sur les finalités prioritaires et les objectifs qui les traduisent pour les quelques années à venir, et ensuite créer les institutions provisoires nécessaires ou trouver, parmi les institutions existantes, celles à qui confier la réalisation des objectifs, et non l'inverse !

Bovines.jpg Expérience personnelle

Votre expérience personnelle nous intéresse, nous dit le marketing d'une nouvelle plate forme du Web 2 plus, écrivez-nous votre récit de vie, et dialoguez avec vos semblables qui ont le souci des autres, car c'est la base de la démocratie, n'est-il pas ?

Ce type de projet risque fort de nous engager vers une déshumanisation monstrueuse.

Voici pourquoi en quelques mots.

1/ Ma vie n'est pas un roman et pour autant que je sache, celle des autres non plus. Les gens qui aiment se raconter, les gens qui brodent sur et autour de leurs plus belles expériences, je m'en méfie. Pourquoi font-ils cela, en effet ? Pour m'impressionner en me prouvant leur supériorité, me vendre leur doctrine sur le bonheur ou me faire acheter leur truc pour faire fortune, gagner un concours du meilleur récit réécrit par un professionnel de l’émotion littéraire, faire du buzz pour la gloriole ou pour servir d'illustration dans le cadre d'une opération de propagande... ?

2/ La valeur sociale de mon expérience ne peut exister que pour les autres. C'est à dire que j'ai besoin des autres pour me la révéler à moi-même. Cela ne pourra se faire que par un dialogue, un vrai dialogue en vue d’un échange d’expérience et pas dans un autre but, donc pas n'importe comment mais selon une étiquette précise. Certainement pas au travers des réseaux sociaux habituels, ni dans le cadre d’une compétition, ni même d’une « saine émulation »...

3/ En préalable aux dialogues sur le Web dans le but d’échanger des expériences, les présentations personnelles doivent évidemment se réduire à un parcours de vie normalisé, sans référence au statut social des contributeurs potentiels, afin que chacun puisse imaginer ce qui peut l'intéresser chez l'autre, prendre contact et engager éventuellement un échange centré sur les quelques points d'accrochage réciproque. Sinon, ce sera l’étiquette de la société réelle, avec ses pesanteurs, qui s’imposera, et alors… la suite est connue, c’est la société réelle, on n’aura donc rien inventé.

4/ Dans un univers d'échange d'expériences personnelles sur le Web, tout engrenage de type émulation-compétition-classement, même s'il n'y a pas d'argent à la clé, est à proscrire totalement. D'ailleurs, comment évaluer la valeur d'un échange d'expériences personnelles, sur quels critères, au moment de l'échange ou juste après ou dans 10 ans... ?

5/ Dans un contexte adapté de partage des compétences, la référence à la démocratie est naturelle, mais il y a des conditions pour cela. D'abord, on ne peut prétendre construire une démocratie qu'entre égaux qui se respectent dans leurs différences. Ensuite, une démocratie n'existe pas spontanément en miroir des individus, mais dans l'acceptation commune de projets communs concrets et de règles communes qui en permettront la réalisation. Enfin, une démocratie ne peut fonctionner comme un concours de beaux discours, mais dans la réalisation ordonnée et continue de finalités communes dans le cadre d'une entité sociale. Notamment, pour que se réalisent des partages d'expériences personnelles à potentiel cumulatif, les modalités d'interaction sur le Web doivent être conçues spécifiquement, sinon d'autres finalités pollueront les relations, comme dans les publicités qui nous montrent en exemple le bonheur, l’amour, la joie de vivre, en nous incitant à nous comporter comme des imbéciles insouciants, vautrés dans la frénésie de la consommation.

6/ Tout projet d’échange d’expériences sur le Web qui confond « expérience personnelle » et « récit des meilleurs moments de votre vie », tout projet qui incite les participants à l'affirmation de leur identité sociale dans la vraie vie ou qui les incite à une forme de compétition à l'intérieur de catégories ou de thématiques, tout projet qui n'impose aucune étiquette de dialogue permettant de se respecter entre soi... ne fera que compléter la gigantesque machinerie manipulatoire déjà à l'oeuvre au travers de certains grands services "gratuits" d'Internet.

Dit autrement, l'expérience personnelle ne doit pas être traitée comme une marchandise sur le Web ni comme un instrument de propagande, pas plus que la personne ne peut se confondre avec son identité sur telle ou telle plate forme du Web. Autrement, on s’abrutit dans la fascination pour les machines, et on se réduit de fait à son animalité.

samedi 13 octobre 2012

Non à la société binaire, pour le développement du collectif

La société humaine du Web actuel, c'est une société binaire, celle de l'individu isolé dans un univers hypercomplexe et puissamment prescripteur, à la recherche perpétuelle de liens signifiants avec d'autres individus isolés. Dans ce type de société, les mouvements sociaux se réduisent aux effets de masse (voir Elias Canetti, Masse et puissance, Gallimard 1966). L'action individuelle tend à se réduire à la recopie / substitution.

Le modèle de la société ultralibérale est lui aussi une société binaire (explications plus loin).

Faut-il voir dans cette convergence générale vers la société binaire, une conséquence du monothéisme puis de la révolution scientifique, dans une vaste perspective historique qui en expliquerait les causes naturelles ? Non, cela ne tient pas. Les Grecs antiques, auxquels on attribue la création de la logique formelle, nous semblent imprégnés d'une culture notoirement polythéiste et superstitieuse. La démocratie fut créée de l'intérieur d'une économie fondée sur l'esclavage. La mécanique quantique a surgi en pleine période de foi dans la continuité du progrès scientifique, provoquant une rupture pour le moins étrange dans la science physique. Faute d'une explication historique évidente de notre société binaire actuelle, il faut prendre le risque de la création d'un imaginaire mental capable de nous en sortir. Ce n'est pas si difficile. De toute évidence, l'humanité n'a pas toujours vécu dans une société binaire. Et, même à l'intérieur d'une société binaire, des individus ont su localement y échapper et faire prévaloir leurs découvertes. Actuellement, la "révolution" numérique est un extrême gâchis social, alors qu'elle nous offre pourtant le potentiel pour nous extraire de la société binaire.

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Existe-t-il une thèse rapprochant les ouvrages de Fernand Braudel, historien architecte des trois temps (le temps géo-écologique des civilisations, le temps long de l'histoire, le temps de l'événement), avec par exemple l'essai révolutionnaire de Cornelius Castoriadis sur L'institution imaginaire de la société (Editions du Seuil, 1975, Collection Points Essais), et avec les écrits récents des anthropologues ? Si cette thèse existe, on peut malheureusement parier qu'elle reste empêtrée dans les disputes du siècle dernier, par exemple, pour déterminer en quoi le modèle marxiste serait meilleur dans le domaine prédictif que le modèle libéral, ou inversement. (NB. A l'inverse de cette démarche traditionnelle, la première partie de l'essai de Castoriadis est une critique du marxisme, mais peut aussi être lue comme une critique du capitalisme).

Voici donc, à titre gratuit et faute de mieux en quelques lignes (sinon il faudrait des centaines de pages), une proposition d'ouverture intellectuelle vers un dépassement de la société binaire par le renouvellement d'un imaginaire social universel.

Vision "qui nous sommes". Les temps de l'histoire sont imbriqués, en cercles concentriques plutôt qu'en strates poreuses. L'être humain est lui aussi une créature imbriquée dans sa structure et son fonctionnement; il inclut une machine et un animal plus autre chose qui fait son humanité, en liaison avec les composantes machinales et animales, par définition. Toute société humaine est elle aussi, par nature, une création imbriquée en cercles concentriques : chaque personne ou groupe humain y possède un espace d'autonomie (appelons-le "liberté"), à l'intérieur de collectivités porteuses de règles et de projets choisis, à l'intérieur d'un univers de contraintes (appelons-le "souveraineté").

Vision "que faire ?". Ce n'est pas l'expansion de notre "liberté" d'autonomie qui nous fera sortir de notre société binaire actuelle, c'est le redéveloppement en nombre de collectivités raisonnées, locales, provisoires mais cohérentes en finalités. Car le modèle ultralibéral tout économique, notre référence présente, tend à remplacer toute forme de collectivité par l'entreprise, ce qui isole chaque individu dans le jeu des forces souveraines, et provoque l'étouffement de tout intérêt collectif qui ne peut être mis dans le champ du business. Au niveau de la société globale, l'imaginaire MS, celui de la Massive Subsidiarity, modèle à 2 couches stratifiées, doit laisser place à l'imaginaire IC (Interactive Communities) modèle à 3 couches concentriques favorisant la couche du milieu, celle des collectivités d'intérêts collectifs à objectifs concrets. Qui osera nous dire que les défis de notre avenir humain, désormais barré à l'horizon de 50 ans, ne requièrent pas la refondation de l'intérêt collectif, et pas d'un intérêt collectif abstrait (genre "paix sur la terre") mais d'un intérêt collectif de la vie courante ? Sinon, nous allons tout droit vers des types de sociétés binaires frugales autoritaires sur le modèle de l'Egypte ancienne après une période préalable d'extermination de masse, très probablement sans que jamais Internet ne s'arrête ni les réseaux de téléphones portables, car ils accélèreront les processus et outilleront les pouvoirs dominants, comme ils font déjà.

En vue d'un approfondissement des orientations proposées et surtout en vue de leur mise en pratique sur le Web aux fins d'échange et de transmission de compétences individuelles entre des personnes contribuant à des objectifs partagés, on trouvera dans ce blog et dans l'ouvrage de référence (sur la transmission des compétences individuelles, sujet crucial de la survie sociale, voir lien Essai sur un Web alternatif) d'autres idées raisonnables, concernant notamment :

  • la constitution formelle de vraies sociétés virtuelles à finalités,
  • une étiquette universelle de dialogue coopératif entre des personnes,
  • des propositions de réponse aux questions "comment se raconter soi-même", "à quelle histoire commune se rattacher", etc


Notes et compléments ponctuels sur la modélisation sociale proposée

  • En simplifiant, on peut distinguer des collectivités de protection (elles maintiennent des barrières mentales pour résister aux effets de la puissance hypercomplexe de la "souveraineté") et des collectivités de projet (elles oeuvrent à la concrétisation de leurs objectifs). Il est clair que les unes et les autres sont des digues contre la "souveraineté", mais qu'à partir du moment où ces digues sont consolidées par habitude et que l'on estime ne plus avoir besoin de savoir pourquoi ni comment on les a construites, ces collectivités fossiles s'agglomérent de facto à la "souveraineté" et alors on revient à la société binaire.
  • La paresse, l'animalité, la virtuosité d'adaptation précipitent vers la société binaire.
  • La complexité non maîtrisée précipite vers la société binaire; encore plus son habillage par des croyances.
  • La société binaire est robuste, on ne peut nourrir aucune illusion sur la possibilité de son évolution naturelle.
  • La sous-estimation des capacités de la machine humaine, en tant que vraie machine informatique dotée seulement des capacités de recopie et de substitution, sert les politiques de mépris de l'être humain.
  • Notre temps exigerait que l'on puisse être collectiviste sans être marxiste; plus précisément, la création de nouvelles formes de propriété collective et de gestion collective devraient être les priorités des priorités de notre temps ! Ces entités sociales collectives et les questions associées ne sont pas des abstractions, en considération par exemple des biens communs de nos villes et régions, et des problèmes de cohérence dans le temps et l'espace que posent leur construction et leur évolution en rapport à des finalités communes locales et encore plus à grande échelle, par exemple pour la maîtrise des consommations d'énergie.
  • Le modèle CHOP que nous avons proposé par ailleurs pour représenter l'individu en interaction sociale est lui aussi, évidemment, un modèle imbriqué (le O est pour Oignon). On peut établir un parallèle entre les 4 niveaux de ce modèle CHOP et le modèle IC à 3 cercles de la société, par la mise en relation des niveaux "interfaces sociales" et "projets" avec les cercles "liberté" et "collectivités de projet". Tout se tient.

Espérons qu'il n'est pas trop tard.

vendredi 23 mars 2012

Le marginalisme de la main fébrile

Notre science économique est un marginalisme : on raisonne sur des tendances, des dérivées, des accélérations, des variations d'agrégats, avec, en arrière plan, un ensemble de théorèmes sur l'existence d'un équilibre optimum théorique. La croyance dans la convergence vers cet équilibre optimum dans le monde réel complète l'arsenal mental du marginaliste diplômé.

Cette présentation sommaire traduit une aberration logique. Ce n'est pas le plus grave.

Le marginalisme a pris la forme d'une démence sénile.

Aucun type de raisonnement globalisant "à la marge" ne peut plus être pertinent à notre époque. En effet, il est banal de déclarer que nous vivons désormais dans un monde physique fermé, mais la réalité est que ce monde physique se ratatine : effets cumulés du pillage de la planète par les révolutions industrielles et les guerres, accroîssement de la population humaine, limitation physique des capacités d'extraction du pétrole et des minerais de plus en plus sale et dangereuse, découverte par les peuples "laissés pour compte" d'un mode de vie dispendieux des biens communs, destruction des variétés et sites naturels insuffisamment résistants, etc. Ce que les modèles économiques considèrent comme des externalités devient primordial pour chacun de nous localement et dans notre vie prochaine.

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Exemple de raisonnement économique marginaliste (retraduit en langage courant, parmi diverses considérations savantes sur l'évolution des taux d'intérêt au cours d'une chronique radiophonique) : "je dis qu'une averse fait baisser le niveau des flaques d'eau; en effet, après la pluie, il y a toujours du soleil...". Ce qui caractérise le marginalisme, c'est un pseudo raisonnement à partir d'un détail savamment présenté, en remplaçant les conditions aux limites par une référence taboue, comme le "principe de subsidiarité", ou par une profession de foi comme le "retour à l'équilibre" alors que par ailleurs on parle de "dynamisme des marchés" et de "liquidité de l'économie". Dans de telles conditions d'incohérence, le détail originel du raisonnement peut être faux du moment qu'il est modélisé mathématiquement ou pourrait l'être.

Autrement dit, c'est un raisonnement de fou. Malheureusement, la folie n'est pas la seule source de cet acharnement irrationnel. Citons au moins la propagande réfléchie pour la "croïssance" au profit d'intérêts privés, ainsi que les nombreuses manifestations de l'égoïsme frénétique.

Malgré cela, le pseudo raisonnement marginaliste pullule "à droite comme à gauche". Il faut faire croire aux électeurs que la politique et la stratégie consistent à orienter quelques leviers de commande, qu'il s'agit seulement d'être un bon gestionnaire. A ce compte là, tous nos gouvernants sérieux, tous nos dirigeants compétents, nous pouvons les remplacer par un cabinet comptable et par un contrat de syndic de copropriété des biens communs. Voilà une belle économie, et vive la démocratie citoyenne !

Même dans les programmes politiques soucieux de l'avenir, les "solutions" économiques restent imprégnées d'un marginalisme atterrant. Exemple : la proposition de taxer les revenus du capital financier au niveau de ceux du travail ; cette mesure est censée rapporter des dizaines de milliards dans les caisses de l'Etat : comment en pratique et pour combien de temps ? Sur le fond pourrait-on dire, pourquoi taxer les revenus du capital financier seulement au niveau du travail et pas 5,87 % de plus par exemple, y-aurait-il un tabou là derrière ?

Un retour aux fondamentaux de l'économie s'impose d'urgence : voir le billet à propos du blog de Paul Jorion.

Remarque finale. Il y aurait une thèse à faire sur le mode de pensée en marginal, le comportement en citoyen marginal, la création en artiste marginal, etc. Mais, ce serait une thèse marginale de plus... Sauf si elle s'intéressait enfin à la fondation d'une existence humaine non marginale.

mercredi 6 juillet 2011

Smart grid, une autre économie de l'énergie

Un "smart grid", c'est un réseau de distribution d'électricité qui utilise des technologies informatiques pour optimiser la production et la distribution afin d'assurer l'équilibre entre l'offre et la demande.

C'est pour le moment un concept. Mais, il est à l'ordre du jour, pour répondre au développement attendu des productions locales d'énergie électrique (centrales géothermiques, chaudières à compost, panneaux solaires, éoliennes, etc. ), et du côté de la consommation, au développement des véhicules électriques.

En effet, on conçoit bien que l'on puisse économiser la construction de centrales de production d'énergie électrique, voire même envisager la réduction du parc existant, si l'on parvient à utiliser intelligemment toutes les nouvelles formes de production d'énergie. Le besoin d'"intelligence" augmente du fait que les nouveaux types de production seront dispersés et par nature intermittents (sauf la géothermie), et que les consommations des véhicules électriques (nulles tant que les batteries ne sont pas mises en charge) seront elles aussi intermittentes. Certes, on pourra créer des capacités de stockage d'énergie (par exemple des châteaux d'eau remontant le fluide lors des périodes d'excédent de production) ou utiliser la charge disponible des batteries des véhicules électriques, mais seule une prévision correcte permettra l'équilibrage entre l'offre et la demande dans la durée.

Que voilà donc un beau projet d'optimisation !

Différentes stratégies d'optimisation ont été élaborées par des organes compétents. En simplifiant beaucoup, les deux stratégies extrêmes envisagées sont :

  • une régulation centralisée au moyen d'algorithmes intelligents
  • une plate forme centrale de trading où viendraient constamment se confronter et s'ajuster les offres et les demandes prévisionnelles, aux prix d'équilibre déterminés par une concurrence libre et non faussée

Diverses combinaisons de ces stratégies et de nombreuses variantes sont possibles, notamment par la décentralisation vers des micro-réseaux locaux gérés par des agrégateurs. Plusieurs projets pilotes urbains, alimentés par des subventions importantes, sont en cours ou dans les cartons. Dans tous les cas, les développements informatiques et les technologies Internet y prennent une place importante, malgré que les optimisations développées risquent de s'avérer purement théoriques car ces projets pilotes utiliseront des matériels au stade du prototype industriel et se fonderont sur des hypothèses prospectives.

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Il est donc encore temps de se demander si le problème est bien posé ! En effet, on ne semble jamais remettre en cause le modèle économique associé à des capacités de production indéfiniment ajustables à la demande, alors que nous nous précipitons vers un bouleversement majeur du fait de la raréfaction des sources d'énergie non renouvelables et de leur disqualification en regard d'exigences vitales, et que, de plus, il faudra faire face à une augmentation importante de la demande globale en conséquence de la transition au véhicule électrique (chaque véhicule consomme en gros l'équivalent d'un foyer).

Une finalité naturelle serait de fournir un minimum vital des besoins énergétiques de chacun, avec le maximum de confort pour chacun, avec des possibilités de suppléments de fourniture à l'occasion et en fonction de l'investissement solidaire de chacun.

Dès lors, on devrait :

  • raisonner en termes de rationnement intelligent plutôt qu'en recherche d'un équilibrage entre offre et demande comme si cette dernière pouvait toujours être couverte à condition d'y mettre le prix et de respecter ses prévisions
  • responsabiliser le consommateur (particulier ou établissement industriel) sur l'expression de ses besoins en quantités et pour quelles horaires, en lui fournissant les éléments de décision pour que ses choix soient réalisables et impactent le moins possible ceux des autres
  • motiver le consommateur à se comporter en stockeur d'énergie potentiellement redistribuable (au moins, pour un particulier, dans la batterie de son véhicule électrique) et en producteur capable de déplacer ses propres priorités de consommation pour le bien commun

Alors, le coeur des algorithmes informatiques à développer ne serait plus le trading en vue d'un équilibre pseudo optimum mais l'aide à la décision du consommateur sur la quantité et le moment de sa consommation d'énergie, et l'incitation du même consommateur à contribuer au financement d'installations granulaires de production et de stockage, dans le contexte d'une pénurie globale physiquement insurmontable. Dans ce cadre, le point d'équilibre théorique dans un marché de concurrence libre ne présente aucun intérêt. Ce qui devient vital et permanent, c'est que l'on ne doit jamais, sauf catastrophe (par exemple pour alimenter une intervention de pompiers), avoir recours à la centrale électrique de réserve qui brule du gaz dans des turbines génératrices. Les algorithmes logiciels servent alors à faciliter le réglement en douceur des situations imprévues (par exemple vague de froid), et la qualité du dialogue avec les consommateurs-producteurs-stockeurs devient de première importance, et le premier facteur de cette qualité c'est de s'appuyer clairement sur des finalités connues et acceptées.

En poussant cette logique à l'extrême, on pourrait se débarrasser complètement de la fiction d'économie marchande de l'énergie électrique dont le prix évoluerait à tout instant en fonction d'une multitude de paramètres, pour passer à une économie de redistribution en situation de pénurie, où l'énergie électrique n'aurait pas de prix ou un prix conventionnel fixe assorti d'un prix complètement dissuasif en cas de comportement individuel néfaste (mais la seule vraie dissuasion resterait le délestage sélectif !). En parallèle, il faudrait établir une répartition des investissements de production et de distribution ainsi que des frais de fonctionnement, en cohérence avec les objectifs de responsabilisation et de motivation du consommateur. En tous cas, les modèles de calcul du prix optimum de facturation de l'énergie électrique par une régie publique, élaborés dans les années 60, ne s'appliquent plus.

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Quelle que soit la vision économique de référence, il est clair que des infrastructures de production et de stockage d'énergie électrique devront être créées près de l'usager et chez l'usager, que l'usager devra être responsabilisé sur sa consommation propre et que l'usager devra adopter un comportement solidaire (sinon, nous aurons une répartition de la capacité de production-stockage équivalente à celle de la protection contre les explosions nucléaires, entre ceux qui possèdent un abri atomique privé peu utilisé et les autres qui se débrouilleront avec les infrastructures publiques). Il existe certainement plusieurs chemins pour y parvenir, mais le plus court sera le meilleur. Il paraît déraisonnable d'espérer découvrir ce chemin en prolongement d'une amorce existante ou moyennant quelques aménagements subsidiaires. Au contraire, il semble nécessaire d'envisager à la fois la rupture technique et économique dans la fourniture et la consommation d'énergie, et simultanément la réforme des comportements sociaux des consommateurs-producteurs-stockeurs.

Et alors, à l'évidence, les mirages des nouvelles technologies informatiques et des algorithmes secrets, les fumées d'encens du principe de subsidiarité, ne sont pas des éléments de réponse bien solides ni suffisants.

En revanche, quel bel exemple d'authentique société virtuelle à créer !

dimanche 26 juin 2011

Décentralisation sans subsidiarité

Une société virtuelle à finalité simple, conforme à la nature décentralisée du Web, ne peut être soumise au "principe de subsidiarité" ! Ce n'est pas une affirmation gratuite, ce refus est absolument vital pour échapper à l'un des plus encombrants boulets conceptuels de notre époque et à ses conséquences désastreuses.

En effet, un prétendu "principe de subsidiarité", considéré comme une évidence, est incrusté dans les réflexions convenues sur les organisations humaines. Il est au moins implicite dans le discours politique sur la démocratie occidentale.

On gagnerait pourtant beaucoup à remettre en cause ce faux principe, à commencer par les modalités de son application, car il sert trop souvent, dans nos sociétés réelles, à pérenniser une hiérarchie de classes sociales et de systèmes de pouvoir. Ce principe soutient la rhétorique floue des discours où n'importe quelles mesures, à l'inverse n'importe quelles indécisions, sont directement reliées à des valeurs fumeuses. De cette manière, le "principe de subsidiarité" s'emploie aussi commodément à justifier l'arbitraire que l'impuissance, à prêcher la responsabilité locale qu'à la paralyser sous des strates d'une complexité foisonnante. On peut en trouver des illustrations dans les publications et le fonctionnement de nos états contemporains, ainsi que dans beaucoup de grandes organisations publiques ou privées.

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Que nous dit ce "principe de subsidiarité" ? (NB. La définition et les développements ci-dessous sont issus de la pratique, on pourra utilement les comparer au verbiage bien pensant diffusé par ailleurs).

Que les actions "subsidiaires", c'est à dire les actions de mise en oeuvre détaillée des décisions prises par des autorités, doivent être conduites localement. C'est donc un principe de décentralisation d'apparence parfaitement raisonnable. Sa justification rigoureuse dérive d'une modélisation mathématique anodine, où l'on montre comment on peut répartir de manière optimale des objectifs locaux en vue de réaliser un objectif d'ensemble. C'est pourtant bien ce genre de modèle qui a si bien apporté la preuve de sa pertinence dans notre monde réel au temps de la planification soviétique. Mais il est facile de dire que cette planification a échoué pour des raisons externes ou parce qu'on n'a jamais pu obtenir les bonnes informations au bon moment pour l'alimenter correctement (il est pourtant évident que tout le monde avait intérêt à mentir...). Peu importe ! Pour refonder la réputation du principe de subsidiarité, il suffit de présenter d'autres exemples comme des réussites inconstestables ou, au moins, comme des progrès face à la menace du chaos : l'organisation militaire en cours d'opération, la grande entreprise conquérante à établissements multiples, la gestion scientifique de l'ordre économique mondial... En bref, on ne saurait concevoir une décentralisation efficace que sur la base du "principe de subsidiarité", ou alors il faudrait renoncer à mesurer quoi que ce soit !

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Or c'est précisément là que se trouve le point d'achoppement du "principe de subsidiarité" : son application oblige à la fusion entre finalités, objectifs et moyens, pour y substituer l'action brute mesurable, accompagnée d'un discours de justification par des "valeurs" ou des mots d'ordre. A cette confusion volontaire s'ajoute la croyance que des experts ou des délégués responsables (devant qui ?) prennent les bonnes décisions qu'au nom de l'intérêt (général ?) commun, on peut décomposer (selon quelle logique ?) en objectifs cohérents jusqu'à un niveau d'exécution adéquat (selon quels critères ?). C'est à ce point que la "subsidiarité" prend son sens : les subsidiaires sont des exécutants, consentants peut-être, mais de simples exécutants, autonomes automatisés en regard de l'objectif qui leur est assigné au nom des "valeurs". Le choix du niveau subsidiaire dans l'organisation est critique : c'est celui où pourront se développer la solidarité, l'entraide, l'imagination, l'optimisation dans l'allocation des moyens en vue de réaliser les objectifs assignés, avec une marge de tolérance en fonction des aléas. C'est aussi à ce niveau que se révèlent, dans la pratique, les contradictions marginales entre les objectifs assignés en résultat de diverses logiques de dérivation ou d'agrégation, sans parler des conflits de moyens, qui peuvent être carrément frontaux.

C'est bien pourquoi, dans certaines grandes organisations, on prétend négocier un objectif individuel par employé en prolongement de la subsidiarité des objectifs au niveau des départements. Par ailleurs, on instaure de ce fait la compétition de tous contre tous dans l'insignifiance de chacun, ce qui permet de masquer les véritables objectifs de l'organisation à ses employés, abusés par une communication abrutissante sur des valeurs décoratives et un projet d'entreprise consensuel de saison.

Il serait facile de multiplier les exemples à l'appui de la nullité pratique du prétendu principe autant que des excès de son instrumentalisation, il suffit de lire un journal quotidien, sans oublier la page des suicides sur le lieu de travail. Il est dommage que la pensée politique et sociale ne se soit guère penchée sur la question de la légitimité démocratique des finalités d'intérêt général, à commencer par l'expression de ces finalités d'une manière bien distincte des "valeurs éternelles", et tout aussi bien distincte des objectifs et des moyens. En tous cas, si cette pensée existe, elle mériterait une actualisation. Ce serait d'autant plus nécessaire que le faux principe de subsidiarité est associé, dans l'inculture profonde de nombreux personnages, à un pseudo théorème permettant d'assimiler (abusivement) l'intérêt général à l'agrégation des intérêts particuliers, d'où il ressort en pratique que chacun doit considérer son intérêt particulier avant l'intérêt général puisque c'est pour le bien de tous. Il s'agit là de croyances infondées, dangereuses à une époque où aucune société humaine ne devrait plus se comporter en parasite d'une planète inépuisable et infinie.

Oui, le "principe de subsidiarité" est un faux principe, absurde, inefficace, dégradant, criminel. Son domaine idéal d'application, c'est un univers de gaz parfait, proche du minimum d'entropie, bien prévisible, purement théorique, complètement inhumain. A la rigueur, on peut l'étendre aux sociétés d'insectes, aux bandes de pillards sur de nouvelles terres, aux nations en guerre de tranchées...

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Dans une organisation sociale humaine, c'est un principe de non subsidiarité des finalités qu'il faudrait respecter :

  • les finalités, en tant que grands objectifs à long terme, sont les mêmes partout pour tous en tous temps, à l'intérieur de l'organisation considérée,
  • la logique contingente qui permet de répartir les objectifs du moment dans le temps et entre les entités agissantes doit être reliée aux finalités, ainsi que l'allocation des moyens nécessaires pour réaliser ces objectifs, afin d'être comprise et acceptée par les destinataires,
  • cette logique contingente, à la fois stratégique et commune du fait de son association aux finalités, est révisable et fait partie du contrat commun à tous dans l'organisation,
  • etc


Certes, dans nos organisations du monde réel, ce "principe" de non subsidiarité des finalités pourrait sembler d'application difficile. L'une des raisons en est la complexité dudit monde réel, si brillamment surmontée par la magie délirante du "principe de subsidiarité". Il est en effet, évident que les finalités d'une grande organisation du monde réel peuvent être nombreuses, imbriquées, de diverses natures, positives et défensives, etc,, même en faisant abstraction des aberrations psychologiques des dirigeants ou des contraintes objectives, par exemple concernant la préservation de secrets stratégiques. Mais, n'est-ce pas justement parce que nous ne savons pas, ou nous n'osons pas exprimer nos finalités d'intérêt général ? Et enfin, avons-nous tellement d'autres solutions ouvertes pour sortir de nos impasses politiques et sociales actuelles ?

C'est pourquoi, sur le Web, il convient de développer d'abord la société virtuelle à finalité simple, car elle est relativement facile à libérer des principes d'organisation "efficace" et de leurs pesanteurs mentales. En tant que personnes humaines, à travers la multiplication de ce type de société virtuelle, ce choix nous ouvre un univers où beaucoup de finalités, jusqu'ici considérées comme lointaines, deviennent atteignables.

Sinon, le monde virtuel du Web restera une extension instrumentale du monde réel, et alors... est-ce que cela en vaut encore la peine ?

Une illustration de société virtuelle libre de subsidiarité se trouve dans l'ouvrage "La transmission des compétences personnelles à l'ère numérique" (http://cariljph.free.fr/) : la finalité est dans le titre, la construction de la société virtuelle pour s'en approcher reste un vrai défi, mais on montre que tout est faisable.