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dimanche 11 janvier 2015

Neutralité du réseau et politique du Web

Le principe de neutralité du réseau Internet vient d'être réaffirmé.

Tout paquet élémentaire d'information est techniquement acheminé de la même manière, indépendamment de son contenu propre, indépendamment du contenu dont il fait partie, indépendamment de qui est l'émetteur, indépendamment de qui est le destinataire... Voir "Neutralité du réseau" sur Wikipedia.

Le respect du principe de la neutralité d'Internet empêcherait notamment la création de plusieurs réseaux distincts - par exemple la création d'un réseau pour les vidéos à la demande, dont l'accès serait facturé séparément aux utilisateurs.

Principe de neutralité : affirmation tautologique découlant de la nature même du réseau ou puissante décision fondatrice ?

Moi, minuscule utilisateur du Web, je n'ai pas l'intention de critiquer les principes soutenus par les maîtres du monde. Je suis bien trop peureux pour cela. Et certainement trop mal informé pour appréhender l'immensité des enjeux. La preuve : jamais on ne me consulte, bien que je pratique le Web quasiment depuis son origine à travers divers milieux et organisations (ou justement à cause de cela ?) ! Comme tout le monde, j'ai presque toujours droit au même type de discours en deux temps à mon intention dans les medias : premier temps, l'affirmation de valeurs ou principes généraux (ici, la "neutralité", devant laquelle mon misérable esprit est invité à s’incliner spontanément); deuxième temps, la promotion d'une prétendue avancée technologique (par exemple, en France, l'annonce de la future disponibilité du wifi dans les trains à grande vitesse, une évidente priorité nationale pour favoriser l'avachissement mental des illettrés assis, provoquer des attaques cardiaques par l'afflux incontrôlé d'informations catastrophiques en temps réel, etc.).

J'avoue : je ne saisis pas la possibilité d'une logique d'enchaînement entre les deux temps, entre l'affirmation du grand principe et la promotion publicitaire qui suit. Ou plutôt si, je comprends très bien, et d'ailleurs, j'en ai déjà trop dit…

Ah comme j'aimerais pouvoir piétiner tant de livres, d'articles, de vidéos... à propos d'Internet, du Web, des nouvelles technologies, de l'intelligence artificielle, de la communication, de l'innovation, de l’informatique, de la démocratie, des compétences, de la transmission de l'expérience, de l’économie… ! Je préfère ne pas parler de ces productions, surtout de celles qui ont une réputation établie, malgré la publicité que cela ferait peut-être à ce blog. Non, il est aussi vain de provoquer les fantômes d'auteurs célèbres décédés que de critiquer les compétiteurs actuels de la course médiatique, c'est donner prétexte aux seconds pour se faire valoir en saturant les media. Du vent !

Car nous sommes déjà nombreux à réaliser que le discours qu'on nous sert sur les sujets de société comme le Web, par des experts, des journalistes, des politiques, des gens de science... c'est un discours pour les débiles, et même pire, un discours débilitant.

Non ?

Settlers1.jpg L'une des plus navrantes réalités de ce discours moderne, malgré les Lumières et les révolutions scientifiques, c'est l'incapacité persistante de nos penseurs et de nos dirigeants à distinguer politique, gouvernement et gestion autrement qu'en prétendant les incarner par des institutions, des niveaux hiérarchiques, des métiers définis par des diplômes. Dès lors, toute société humaine est facile à "gérer", comme dans un jeu vidéo. Alors que politique, gouvernement, gestion devraient représenter des niveaux de finalités, d'objectifs, de règles, destinés à mettre en commun des plans, des priorités, des idées, réparties à diverses échéances, établies pour diverses durées de validité, correspondant aux différentes échelles temporelles respectives de la politique, du gouvernement, de la gestion. Et que ces échelles de temps se trouvent évidemment toutes réunies dans la mise en pratique quotidienne des activités les plus basiques. On ose parler de "science" politique, alors qu'on en est dans ce domaine à l'équivalent de l'astrologie, et que le défaut originel se fonde précisément sur la simplification consistant à placer la politique en premier, comme si le reste, le gouvernement, la gestion, en découlait à travers divers niveaux d'exécution. La prétention à incarner des abstractions dans des institutions et des personnages ne peut fonctionner que dans un monde d'êtres robotisés commandés de l'extérieur (ou par une caste : il y eut des sociétés historiques et il existe encore des sociétés humaines de ce type), niant la réalité que l'être humain demeure, avec ses limites, non seulement le porteur ultime, mais la seule entité vivante de synthèse des politiques, directives de gouvernement, ordres de gestion - pas seulement dans leur application, mais, pour tout être humain libre, dans leur propagation et leur évolution.

Une traduction caricaturale du décalage entre cette prétention formelle et la réalité sociale, dans tant d'entreprises et d'organisations, c'est la pesanteur grotesque des références à des valeurs génériques dans la définition du comportement exigé du personnel. Encore plus révélateurs dans un autre sens, sont les constants ajustements des jeux courtisans autour des gens de pouvoir, variantes extrêmes de l'asservissement mental et physique à des personnages disposant d'une forme supérieure de liberté, d'où la pression en retour sur ces personnages à se comporter de manière franchement arbitraire au moins dans quelques détails... Même dans le contexte et l'environnement d'une armée en guerre, donc avec un objectif de "gouvernement" simple (vaincre l'ennemi) selon une stratégie définie, on sait bien que la guerre ne gagnera pas la paix avec l'imposition au vaincu d'un traité territorial ou commercial, qu'il faudra l'imprégnation du vaincu par une idée capable d’influencer sa politique ou son gouvernement, et que cette imprégnation sera d’autant plus efficace s'il la transcrit lui-même dans des règles ou services de gestion quotidienne et dans ses coutumes. On sait aussi bien qu'on ne gagne pas les batailles sans une intelligence du soin des combattants, de leur paquetage, de leur entraînement... Combien d'historiens se sont intéressés à la question première de l'approvisionnement d'armées nombreuses aux temps anciens avant la motorisation - pensons aux armées d'Alexandre éloignées de leurs bases, aux armées populaires de Napoléon... -, sur ce que pouvait signifier à ces époques "vivre sur l'habitant", avec quelles conséquences sur le nombre soutenable des combattants en regard du niveau des exactions commises sur l'habitant (avec ou sans promesse de remboursement, quand et sous quelle forme ?), le délai acceptable pour le rassemblement des combattants des deux camps (aux dépens de la même population locale ?), la durée supportable d'attente des armées avant "la" bataille ? Pourquoi faut-il remonter à Sun Tzu, en oubliant Thucydide au passage et tant d'humbles témoignages plus proches de nous, pour que ces questions reviennent à la mode, d'ailleurs très partiellement et confusément ? Pourquoi et comment la logistique au sens large, la vraie logistique comme réalisation des stratégies, est-elle occultée ou traitée secondairement dans une certaine culture occidentale récente, abrutie par une conception mécaniste d’un prétendu principe de subsidiarité ? Pourquoi et comment plusieurs guerres de "libération" purent être gagnées par des mouvements lancés par quelques résistants en armes, contre des nations immensément plus puissantes ?

Je ne vous égare pas, nous sommes en plein dans le sujet, à présent avec le recul nécessaire.

Le principe de neutralité du réseau se situe clairement au niveau de la gestion logistique du réseau, même pas au niveau de ce que devrait être un gouvernement du réseau, et en tous cas, ce principe ne fait pas une politique. Cependant, cette neutralité du réseau, érigée pompeusement au rang de principe, vaudrait par son incompatibilité supposée avec la réalisation de politiques considérées comme dommageables, sans que l'on précise quelle est la bonne politique choisie (?) et sans que l'on envisage une seconde de faire participer une population au choix de cette politique (population et projet politique à définir conjointement d’ailleurs…). En termes polis, disons qu'il serait téméraire, pour un utilisateur, d'accorder le moindre crédit à un quelconque pouvoir du principe de neutralité. En effet, à cause de son manque de fondation politique (à ne pas confondre avec le discours d'un jour, prononcé par un grand homme politique) et à cause de son expression purement technique, le pseudo principe de neutralité est, sera, contourné, avalé, plus ou moins rapidement selon la puissance et l'influence des opposants. Les beaux discours de niveau politique, bien percutants, à propos d'Internet comme vecteur des idées de liberté et des droits de l'Homme peuvent s'accorder avec n'importe quel jeu esclavagiste de l'esprit consistant à mettre chaque "valeur" en correspondance directe avec une réalité concrète ou un événement. Alors, le principe de neutralité, c’est vraiment un truc de tout petits techniciens spécialistes sans envergure, vite assimilé ! Et d’ailleurs, justement, le jeu des esclavagistes de l'esprit de tous bords fonctionne déjà à plein régime tout autour et sur le Web - instrumentalisé pour le recueil, l'analyse et la diffusion de nos opinions et aspirations - tout en respectant la neutralité du réseau et en poussant à l'augmentation des débits ! Les petits techniciens ne font dans ce jeu que stocker et traiter les "big data" sans poser de question, à l'abri de leur neutralité.

Comment dépasser la mutilation (volontaire ?) des niveaux d’expression politique et de gouvernement du Web ? Devrait-on obligatoirement envisager de légiférer sur le contenu ou "seulement" sur le comportement des "utilisateurs" ? Pauvre netiquette.

Le principe de neutralité du Net nous protège de quoi, nous les utilisateurs ? Si le Web nous transformait en moutons électriques, les lois physiques du courant électrique deviendraient des principes de vie ?

Le principe de neutralité est-il vraiment imposé par une autorité ou n’est-il que la traduction pompeuse d’une inertie ? Si cette autorité existe, son domaine semble se réduire aux nœuds intermédiaires du réseau. Pour une autorité si contrainte, la seule possibilité d’influer sur les contenus serait d’installer un « démon » sur certains nœuds intermédiaires, par exemple pour supprimer au passage tous les paquets destinés à des activités de pure distraction, ou inspirés par le conformisme, l'envie ou la dissimulation, ou, en poussant l’ambition, supprimer tous les paquets créés par nos tendances et impulsions dans un univers de compétition darwinienne manipulée. Il n'y aurait alors plus de problème de débit nulle part ! Ne rêvons pas, un tel filtrage est techniquement impossible, en plus de sa violation du principe de neutralité. Mon fournisseur d’accès continuera donc de me bassiner avec les améliorations de sa box en tant que magnétoscope numérique. Et les smartphones oubliés sous un meuble par des gosses partis jouer ailleurs resteront en connexion permanente pour recevoir les mises à jour automatiques des réseaux sociaux.

Il existe une conséquence de la neutralité qui me crée un léger malaise, chaque fois que je fais une démarche en tant que citoyen avec un site officiel de ma commune ou avec les services fiscaux de l'Etat à travers Internet. Car rien, dans les conditions générales de mon fournisseur d'accès n'évoque aucune forme de responsabilité spéciale dans l'exécution de ce type de transaction. Au contraire, tout y est dit pour rejeter ce type de responsabilité. Mon FAI se présente comme un simple marchand d'accès à un canal de transmission. Pour l'acheminement de courriers officiels et pour des services autrefois assurés par les postes, il y a tout de même un décalage, non ? Existe-t-il une structure, une institution qui contrôlerait un niveau de service (à définir) de mon fournisseur d'accès, et dont il dépendrait de quelque façon ? Apparemment, des gens ont décidé que je ne m'occuperais jamais de cette question. Les sites des services officiels compensent le déficit de responsabilité sur la transmission par l'envoi d'accusés de réception détaillés... par le même canal.

Un expert du Web a dit ou écrit « L’imprimerie a permis au peuple de lire, Internet va lui permettre d’écrire ». Ah oui, mais quel peuple avec quelle écriture ? A qui par qui pour se dire quoi ? Et les images, les vidéos, les (java)scripts, c'est quelle "écriture", qui charge les réseaux et nécessite des processeurs de plus en plus puissants ?

Quelle serait l’application au Web du modèle bien connu de tout apprenti économiste sous l’appellation non neutre de « tragédie des communs » ? Ce modèle est censé démontrer que tout bien en propriété commune (tel qu’un bâtiment communal, les locaux des vide ordures dans un immeuble collectif,…) se dégrade du fait de son exploitation abusive par divers types de profiteurs, au contraire des biens en propriété privée. Passons sur l’absence, dans ce modèle, d’une autorité capable d’adapter les règles d’exploitation afin de préserver l’équité. Ou plutôt non, ne passons pas sur l’évidente nécessité d’une telle autorité et osons suggérer que l’équivalent d’une propriété commune sur le Web, ce n’est pas le réseau Internet, fût-il neutre, mais l’ensemble des abonnés individuels, et que le champ de cette exploitation, ce sont les esprits des abonnés. Cette assimilation n’est pas spécialement audacieuse, il suffit de considérer la cible ultime commune de l’exploitation.

Geopol.jpg Les chapitres consacrés à Internet, au cyberespace et aux cyberguerres dans les ouvrages de géopolitique sur papier glacé expriment bien crûment l'ancrage d'Internet, pas si planétaire que cela dans la répartition des flux, dans un monde physiquement, intellectuellement, socialement défini par son passé, animé par d'antiques puissances - un monde structurellement indifférent ou antagonique à tout projet de coexistence globalisée (sinon, que serait la géopolitique ?). Le réseau Internet de ce monde-là, qu'il respecte ou non le principe de neutralité, c'est d'abord l'instrument des marchands de toutes sortes, et aussi des profiteurs du non droit, des délinquants et arnaqueurs internationaux. A l'échelle des nations, c'est un nouveau champ de la guerre entre les agents d'influence dans la compétition mondiale de leurs valeurs conquérantes, une arme pour les plus déterminés d’entre eux. Accessoirement, c’est un media de services aux abonnés... Au total, ce que l'on nous décrit ainsi, c'est l'Internet d'un monde clos en implosion, une jungle sous canopée techno. Ce n'est pas le réseau du dialogue entre les personnes, pas le réseau des débats démocratiques, pas le réseau du savoir partagé, à part quelques réalisations notables (dont l'encyclopédie Wikipedia) que l'on ne cite pas dans ces ouvrages pour leur signification véritable.

Pourtant, un type récurrent de clip publicitaire pour des box Internet ou des smartphones nous montre des gens en communication enthousiaste malgré les décalages entre les fuseaux horaires, grâce à Internet. On se dit "hey", on se voit faire de grands gestes d'amitié comme si on se connaissait depuis toujours... C'est mignon mais c'est irréel. Le rêve est vrai, d'est celui de la citoyenneté planétaire. Ce qui est irréel, c'est la spontanéité de sa réalisation par un miracle technique reproduisant l'exacte conformité de l'autre à l'idée qu'on s'en fait. Néanmoins, la généralisation d'une forme de citoyenneté planétaire serait réalisable, si on se donnait la peine d'y réfléchir sérieusement, pas en termes de politique abstraite ou de principes généraux, mais comme un ensemble de finalités incarnées dans les détails logistiques les plus fins, en passant par tous les niveaux nécessaires à l'échange communicatif entre les personnes, sans chercher par avance à soumettre cette démarche à une idéologie définitive, sans chercher à la réduire aux fonctions d'un logiciel préexistant. C’est l’objet de ce blog par ailleurs…

Mon exposé vous paraît désordonné ? Relisez. Si nécessaire, imaginez qu’il est bourré de statistiques et de graphiques, criblé de références aux grands auteurs, qu’il possède donc les attributs d'un article sérieux…

Malgré cela, la conclusion tombe toute seule.

Est-il incongru d’exprimer quelques souhaits de finalités politiques d'Internet ? Par exemple une finalité sur les échanges gratuits d'informations entre les personnes. Par exemple la finalité d'une citoyenneté planétaire pour la sauvegarde de la planète et le partage des savoirs personnels ? On pourrait aisément concevoir comment réaliser ces finalités-là sans supplément de bande passante sur le réseau, de manière pratiquement invisible en comparaison des exigences des communications centralisées dans un pseudo "réseau social".

Il serait certainement contreproductif de critiquer les gens et les organes qui détiennent un pouvoir officiel quelconque sur Internet ou sur le Web, car leurs relations avec les entreprises, agences et pouvoirs d'arrière plan qui alimentent et exploitent le réseau restreignent évidemment leur liberté d'expression et leur champ d'action. Il me semble, cependant, que ces gens seraient les mieux placés pour organiser la formation d'assemblées virtuelles d'utilisateurs sélectionnés, afin d’en recueillir, à partir de demandes bien formulées, des suggestions d'évolution du réseau, de niveau politique, gouvernemental et gestionnaire, exprimées du point de vue des utilisateurs. La composition de ces assemblées virtuelles devrait être assez fréquemment renouvelée, afin d’échapper au ronron des comités d’experts installés à vie. Faut-il vraiment préciser que les débats et les conclusions devraient être publiés sur le Web ? Faut-il vraiment ajouter que l’on créerait ainsi un nouveau pouvoir d’évolution d’Internet et du Web et que les instances existantes en tireraient une légitimité étendue ? Doit-on éviter de faire ressortir que ce type d’organisation virtuelle d’Internet et du Web pourrait représenter un prototype vers une citoyenneté planétaire ? Avons-nous vraiment le temps de nous demander si Internet et le Web ont été créés pour cela ?

mardi 13 mars 2012

Transition du blog Web A Version

A partir de mi mars 2012, l'actualité va gouverner ce blog, selon la loi du genre.

Il faut faire preuve d'actualité ou rester inaudible.

Donc, nous passons à la deuxième étape de notre projet, après avoir posé les fondements théoriques et techniques d'un Web social alternatif. Nous en profitons pour élargir notre domaine de dénonciation à tous les systèmes esclavagistes de la pensée.

Quel programme : faire exploser les ballons publicitaires, disperser les sottises à la mode, faire rêver d'un autre Web !

C'est que le Web est devenu le moteur d'agglutination et de résonance des systèmes de manipulation. Par un contresens géant mais complètement dissimulé, le Web a été instrumentalisé pour devenir le creuset d'élaboration et de perfectionnement des propagandes ciblées, par l'exploitation d'une énorme machinerie statistique d'arrière plan capable de restituer tous types d'analyse des identités, comportements, idées et contenants quasiment en temps réel. Tous les medias y sont associés et en dépendent désormais. Il faut s'intéresser à la globalité du phénomène, mettre en lumière son fonctionnement par l'entretien de l'urgence et par l'imposition répétée d'un sous-ensemble de références automatiques et de termes de langage réflexes, afin d'induire l'authenticité immédiate, la précipitation du consensus minute, le soulèvement des émotions partagées...

Même dans la posture du dénonciateur visionnaire, le risque de contagion de nos écrits par la banalité de l'instant est élevé, leur crétinisation par le buzz atteint le niveau de la certitude. Nous tenterons de préserver la grandeur de notre sujet en nous accordant un délai de réflexion et en sélectionnant les événements. Bref, l'actualité sera plutôt celle de nos lectures que celle des titres et des annonces.

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« Pour la première fois de son histoire, l’humanité va donc devoir prendre des décisions politiques, de nature normative et législative, au sujet de notre espèce et de son avenir. Elle ne pourra le faire sans élaborer les principes d’une éthique, qui doit devenir l’affaire de tous. Car les sciences et les techniques ne sont pas par elles-mêmes porteuses de solutions aux questions qu’elles suscitent. Face aux dérives éventuelles d’une pseudoscience, nous devons réaffirmer le principe de dignité humaine. Il nous permet de poser l’exigence de non-instrumentalisation de l’être humain. » Extrait d'un exposé du directeur général de l’UNESCO, M. Koïchiro Matsuura, sur le thème «L’espèce humaine peut-elle se domestiquer elle-même ?», le 30 mars 2006.

jeudi 7 juillet 2011

Nouvelles technologies pour glauques lendemains

Le parcours de la presse informatique et des sites web consacrés à l'informatique donne l'impression d'un bouillonnement.

En tant qu'utilisateur chevronné, on apprend vite à relativiser les annonces de révolution ou de progrès, sans nier l'amélioration des performances du matériel depuis 50 ans ni l'utilité de certains services à vocation encyclopédique.

Car les fournisseurs des matériels et des logiciels d'usage commun sont regroupés dans quelques quasi monopoles, depuis longtemps capables d'imposer leur musique et leur chanson.

Car Internet est devenu un réseau diffuseur de services centralisés vers des consommateurs plutôt qu'un réseau de communication entre des producteurs et des contributeurs.

Car la fabrication d'un logiciel est devenu un travail de professionnel prolétaire pour la réalisation d'un produit jetable très vite périmé techniquement, notamment du fait que sa remise à niveau impliquerait un démêlage des versions subtilement incompatibles des multiples composants des ateliers logiciels et des systèmes qui ont servi à le programmer.

Au total et de fait, l'utilisateur d'informatique est devenu un consommateur de services complètement passif, totalement étranger au modèle de l'utilisateur-programmeur-amateur des débuts de la microinformatique. D'ailleurs, les modèles économiques des téléphones portables intelligents et des ordinateurs personnels tendent à se confondre.

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Pourquoi ce manque d'enthousiasme devant l'innovation technologique en informatique ?

  • parce qu'il suffit d'observer un utilisateur de la dernière génération de portables pour ressentir à quel point le dialogue homme-machine et la définition de la finalité du produit constituent encore de véritables problèmes, malgré la "nouveauté"
  • parce que 9 innovations sur 10 dans le domaine des nouvelles technologies informatiques ne sont que des arguments marketing bidons ou des répétitions d'existants ou des productions fonctionnellement inutiles, souvent d'autant plus prétentieuses
  • parce que la capacité de création de sites Web personnels chez soi (ou à la rigueur chez son fournisseur d'accès) reste artificiellement réservée aux informaticiens et aux designers, alors que c'est la clé de la compréhension par chacun des technologies web, et une méthode de vaccination contre les faux arguments de dopage technologique
  • parce que la création sur le Web de vraies sociétés virtuelles, c'est un espace d'expansion sociale entièrement inexploré, mais hors de portée tant que nous restons les esclaves d'emballages marketing soumis à une exploitation statistique d'arrière plan destinée à nous alimenter de suggestions convenablement sucrées pour notre plus grand bien, en pensée comme en acte.

Et enfin, parce qu'il est évident que personne, depuis trop longtemps, ne se pose plus la question : à quoi cela sert dans l'intérêt général ?

Il n'y a plus que des affairistes et des pigeons ?

mercredi 6 juillet 2011

Smart grid, une autre économie de l'énergie

Un "smart grid", c'est un réseau de distribution d'électricité qui utilise des technologies informatiques pour optimiser la production et la distribution afin d'assurer l'équilibre entre l'offre et la demande.

C'est pour le moment un concept. Mais, il est à l'ordre du jour, pour répondre au développement attendu des productions locales d'énergie électrique (centrales géothermiques, chaudières à compost, panneaux solaires, éoliennes, etc. ), et du côté de la consommation, au développement des véhicules électriques.

En effet, on conçoit bien que l'on puisse économiser la construction de centrales de production d'énergie électrique, voire même envisager la réduction du parc existant, si l'on parvient à utiliser intelligemment toutes les nouvelles formes de production d'énergie. Le besoin d'"intelligence" augmente du fait que les nouveaux types de production seront dispersés et par nature intermittents (sauf la géothermie), et que les consommations des véhicules électriques (nulles tant que les batteries ne sont pas mises en charge) seront elles aussi intermittentes. Certes, on pourra créer des capacités de stockage d'énergie (par exemple des châteaux d'eau remontant le fluide lors des périodes d'excédent de production) ou utiliser la charge disponible des batteries des véhicules électriques, mais seule une prévision correcte permettra l'équilibrage entre l'offre et la demande dans la durée.

Que voilà donc un beau projet d'optimisation !

Différentes stratégies d'optimisation ont été élaborées par des organes compétents. En simplifiant beaucoup, les deux stratégies extrêmes envisagées sont :

  • une régulation centralisée au moyen d'algorithmes intelligents
  • une plate forme centrale de trading où viendraient constamment se confronter et s'ajuster les offres et les demandes prévisionnelles, aux prix d'équilibre déterminés par une concurrence libre et non faussée

Diverses combinaisons de ces stratégies et de nombreuses variantes sont possibles, notamment par la décentralisation vers des micro-réseaux locaux gérés par des agrégateurs. Plusieurs projets pilotes urbains, alimentés par des subventions importantes, sont en cours ou dans les cartons. Dans tous les cas, les développements informatiques et les technologies Internet y prennent une place importante, malgré que les optimisations développées risquent de s'avérer purement théoriques car ces projets pilotes utiliseront des matériels au stade du prototype industriel et se fonderont sur des hypothèses prospectives.

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Il est donc encore temps de se demander si le problème est bien posé ! En effet, on ne semble jamais remettre en cause le modèle économique associé à des capacités de production indéfiniment ajustables à la demande, alors que nous nous précipitons vers un bouleversement majeur du fait de la raréfaction des sources d'énergie non renouvelables et de leur disqualification en regard d'exigences vitales, et que, de plus, il faudra faire face à une augmentation importante de la demande globale en conséquence de la transition au véhicule électrique (chaque véhicule consomme en gros l'équivalent d'un foyer).

Une finalité naturelle serait de fournir un minimum vital des besoins énergétiques de chacun, avec le maximum de confort pour chacun, avec des possibilités de suppléments de fourniture à l'occasion et en fonction de l'investissement solidaire de chacun.

Dès lors, on devrait :

  • raisonner en termes de rationnement intelligent plutôt qu'en recherche d'un équilibrage entre offre et demande comme si cette dernière pouvait toujours être couverte à condition d'y mettre le prix et de respecter ses prévisions
  • responsabiliser le consommateur (particulier ou établissement industriel) sur l'expression de ses besoins en quantités et pour quelles horaires, en lui fournissant les éléments de décision pour que ses choix soient réalisables et impactent le moins possible ceux des autres
  • motiver le consommateur à se comporter en stockeur d'énergie potentiellement redistribuable (au moins, pour un particulier, dans la batterie de son véhicule électrique) et en producteur capable de déplacer ses propres priorités de consommation pour le bien commun

Alors, le coeur des algorithmes informatiques à développer ne serait plus le trading en vue d'un équilibre pseudo optimum mais l'aide à la décision du consommateur sur la quantité et le moment de sa consommation d'énergie, et l'incitation du même consommateur à contribuer au financement d'installations granulaires de production et de stockage, dans le contexte d'une pénurie globale physiquement insurmontable. Dans ce cadre, le point d'équilibre théorique dans un marché de concurrence libre ne présente aucun intérêt. Ce qui devient vital et permanent, c'est que l'on ne doit jamais, sauf catastrophe (par exemple pour alimenter une intervention de pompiers), avoir recours à la centrale électrique de réserve qui brule du gaz dans des turbines génératrices. Les algorithmes logiciels servent alors à faciliter le réglement en douceur des situations imprévues (par exemple vague de froid), et la qualité du dialogue avec les consommateurs-producteurs-stockeurs devient de première importance, et le premier facteur de cette qualité c'est de s'appuyer clairement sur des finalités connues et acceptées.

En poussant cette logique à l'extrême, on pourrait se débarrasser complètement de la fiction d'économie marchande de l'énergie électrique dont le prix évoluerait à tout instant en fonction d'une multitude de paramètres, pour passer à une économie de redistribution en situation de pénurie, où l'énergie électrique n'aurait pas de prix ou un prix conventionnel fixe assorti d'un prix complètement dissuasif en cas de comportement individuel néfaste (mais la seule vraie dissuasion resterait le délestage sélectif !). En parallèle, il faudrait établir une répartition des investissements de production et de distribution ainsi que des frais de fonctionnement, en cohérence avec les objectifs de responsabilisation et de motivation du consommateur. En tous cas, les modèles de calcul du prix optimum de facturation de l'énergie électrique par une régie publique, élaborés dans les années 60, ne s'appliquent plus.

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Quelle que soit la vision économique de référence, il est clair que des infrastructures de production et de stockage d'énergie électrique devront être créées près de l'usager et chez l'usager, que l'usager devra être responsabilisé sur sa consommation propre et que l'usager devra adopter un comportement solidaire (sinon, nous aurons une répartition de la capacité de production-stockage équivalente à celle de la protection contre les explosions nucléaires, entre ceux qui possèdent un abri atomique privé peu utilisé et les autres qui se débrouilleront avec les infrastructures publiques). Il existe certainement plusieurs chemins pour y parvenir, mais le plus court sera le meilleur. Il paraît déraisonnable d'espérer découvrir ce chemin en prolongement d'une amorce existante ou moyennant quelques aménagements subsidiaires. Au contraire, il semble nécessaire d'envisager à la fois la rupture technique et économique dans la fourniture et la consommation d'énergie, et simultanément la réforme des comportements sociaux des consommateurs-producteurs-stockeurs.

Et alors, à l'évidence, les mirages des nouvelles technologies informatiques et des algorithmes secrets, les fumées d'encens du principe de subsidiarité, ne sont pas des éléments de réponse bien solides ni suffisants.

En revanche, quel bel exemple d'authentique société virtuelle à créer !

La presse informatique, rien que de la pub ?

Voici un lien vers le site d'un journal de technique informatique, peut-être le meilleur en Europe : http://www.heise.de/ct/

Ce journal est en allemand. Ce n'est pas un hasard. En Allemagne, il est possible et normal de faire carrière dans la technique et de devenir dirigeant d'entreprise en tant que technicien; c'est l'une des raisons de la solidité des PME familiales allemandes. On trouve dans ce journal des articles de fond sur les technologies informatiques, des réflexions prospectives, des critiques, toujours à base d'arguments techniques. Tout le domaine de l'informatique est couvert, de la puce électronique aux questions sociales.

Une presse d'informatique technique survit en France au travers de publications spécialisées de faible diffusion et de sites web dispersés, consacrés à certains langages informatiques, aux astuces de "pirates", aux variantes de Linux, etc.

En parallèle, les publications de grande diffusion restent à un niveau grand public, parfois même à la limite du publireportage.

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Pourquoi un organisme public, une université... n'éditerait pas un journal en français à partir de sa propre veille technologique sur tout le domaine de l'informatique, technique et social ?

La production d'un tel journal et sa diffusion numérique ne coûteraient pratiquement rien; c'est la matière grise qui ferait la valeur ajoutée.

Mais c'est aussi cette matière grise dont la rareté pourrait poser problème :

  • avons-nous encore les compétences pour réaliser un tel projet en langue française (autrement qu'en reproduisant une matière fabriquée ailleurs, avec 6 mois de retard) ?
  • osons-nous prétendre que l'informatique ne représente aucun enjeu particulier dans notre pays ?
  • osons-nous affirmer qu'un tel journal n'intéressera définitivement personne dans toute la communauté de langue française ?
  • ...