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Tag - Psychanalyse

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mardi 29 décembre 2015

Contes limites, du Cosmoschtroumpf au Petit Prince

Avertissement pour une fois

Ce billet se place dans la perspective d'un urgentissime changement de nos mentalités et comportements, afin de nous éviter les conséquences brutales d'un excédent de population terrestre, par exemple une sélection par le chaos et la guerre ou par diverses actions exterminatrices encore inconnues. La transcendante originalité de ce billet ne garantit aucunement sa pertinence - par rapport à quoi, c'est justement à ce genre de question que nous essayons de répondre.

En théorie, c'est simple : pour assurer un avenir digne à notre humanité dans un monde en rétrécissement, il suffit que nous changions tous de rêve, d'idéal et de valeurs, et alors nos comportements suicidaires disparaîtront d'eux-mêmes et ce sera l'harmonie paisible sur une Terre préservée. En pratique, il est évident que les tentatives de contrôle des esprits seront toujours d'actualité : comment peut-on prétendre gouverner les gens sans gouverner leurs esprits ? On sait par expérience qu'une tentative de reprogrammation totalitaire universelle des comportements est possible - des essais sont certainement en cours - mais que l'effet d'une telle tentative universelle ne sera pas définitif s'il est produit sous contrainte, et que son effet sera nul ou minuscule sur certaines populations pour cause d'insensibilité particulière au logiciel de reprogrammation. Il est donc nécessaire d'approfondir la réalité de nos rêves, idéaux et valeurs, en relation avec nos comportements.

On pourrait évidemment en écrire des milliers de pages, alors qu'il suffit de poser les bonnes questions, c'est bien connu. On oublie d'ajouter que le jeu des références successives dans un questionnement systématique garantit logiquement le retour au point de départ si on reste dans un univers fermé, la seule alternative à cette fatalité dans un monde clos étant de se perdre en cours de route. Le sage paresseux commencera donc par reconnaître sa propre insuffisance en même temps que la nécessité d'échapper à cet enfermement. Il devra anticiper les difficultés de transmission du résultat de son expérience s'il n'est pas en position de l'imposer à autrui. C'est pourquoi sans doute tant d'oeuvres philosophiques peuvent être comprises comme une poésie ironique.

Ceci dit, afin d'excuser, autant que possible, la prétention du sujet de ce billet, ses apparentes errances, l'ironie qui en émerge.

Autrement, ce ne serait pas sérieux.

Choc de civilisation en BD

Commençons donc concrètement par la part du rêve, puisqu'il faut d'abord comprendre comment on peut dépasser nos limites mentales courantes sans recourir aux artifices réservés à une élite : qu'est-ce qui fait que certains contes ou récits fabuleux, pourtant rabâchés, absorbent notre attention et mettent notre esprit en errance, jusqu'à leur terme suspendu ou leur fin généralement stupide ? Alors que souvent l'histoire se passe mal, que les monstres menacent de dévorer les personnages sympathiques, que le drame, la tragédie semblent inévitables ?

Prenons un premier appui sur une oeuvre du sixième art, imprégnée de l'esprit ambiant de son époque : le Cosmoschtroumpf, un conte en bande dessinée.

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Autant le dire tout de suite : dans l'actualité tapageuse d'un nouvel épisode des Star Wars, et dans l'écho de découvertes scientifiques renversantes sur la composition de planètes et de comètes alentour, l'album Cosmoschtroumpf de 1972 ressort comme une oeuvre plus profonde que bien des écrits ambitieux. L'art de ce genre de bande dessinée "comique" bien faite, c'est d'aborder des sujets complexes ou des questions profondes au travers de situations potentiellement catastrophiques dont on s'évade par diversion ou dérision, comme dans la vie, mais en forçant le trait (geste, couleur, caractère, disposition graphique...) pour souligner les passages d'évacuation. C'est très conventionnel et répétitif par nature. Il suffirait à chaque fois d'un rien pour transiter du comique au tragique, et donc rien n'empêche de développer une réflexion "sérieuse" à partir d'une bande dessinée.

A la sortie de l'album "Le Cosmoschtroumpf", la jeune génération de l'époque fut captivée par la rencontre de couverture entre modernité et sauvagerie - un choc de comédie, puisque les collègues du Cosmoschtroumpf simulent, à son intention, une planète à découvrir, après l'avoir maintenu dans un profond sommeil durant son illusoire voyage interplanétaire. Par cette simulation réaliste, ils veulent éviter que l'obsession du Cosmoschtroumpf ne lui soit fatale à force de tentatives décevantes pour faire fonctionner sa fusée interplanétaire. Dans son genre, en nous décrivant des personnages qui jouent aux sauvages extraterrestres, cette bande dessinée illustre la pesante continuité de nos fondations sociales et de nos idéaux hérités des âges obscurs, d'une manière moins naïve que certains romans de science fiction. Elle illustre aussi la misère de notre ardeur technicienne, au service de nos rêveries sans modération. Au total, faire le sauvage, c'est un jeu d'enfants, mais pour des adultes, l'exercice devient complètement insensé et ne peut que déboucher sur une forme de dépression dès lors qu'il nous fait réaliser que nous sommes des sauvages pour de bon.

Le cosmonaute et le mégot

Imaginons que notre Cosmoschtroumpf sur une planète inconnue découvre, au hasard de son exploration, un mégot posé sur un caillou (ou un autre déchet témoin banal incontestable de notre civilisation). Enivré par l'excitation de la découverte d'un monde neuf, le cosmonaute n'envisagera pas spontanément l'hypothèse d'une supercherie, d'autant moins après le constat d'unicité du mégot dans le paysage exploré. Il tentera plutôt d'échafauder des réponses cohérentes avec sa croyance. Par exemple, le mégot aura été aspiré par une tornade terrestre puis transporté par un courant spatial ou bien il se sera tout simplement collé à la fusée au début du voyage interplanétaire. Ou alors, il s'agirait d'un mégot reconstitué par une imprimante 3D locale sur la nouvelle planète - oui, mais d'après quel modèle, et à partir de quelles matières premières ? Ainsi, progressivement, le cosmonaute en viendra à concevoir la pire des explications pour lui, celle où il n'est plus le premier découvreur de la nouvelle planète. Alors, l'incertitude risque de ronger son esprit s'il ne trouve aucun autre indice matériel en support d'une autre explication, s'il ne parvient pas à communiquer avec une population locale ou si elle ne lui fournit pas de piste fraîche, pas de diversion convaincante - comme on dit si bien.

C'est une terrible réalité : nous trouverons des mégots partout où nous irons, parce que la production de déchets complexes inutilisables et séculairement impérissables est la marque de fabrique de l'humanité industrieuse, en conséquence dérivée de nos habituelles manières de traiter avec "notre environnement" comme avec l'"étranger" : reconnaissance pour assimilation jusqu'à l'exploitation inconditionnelle au nom d'idéaux de circonstance. Le concours frénétique pour imaginer la présence d'eau sur Mars, n'est-il pas digne d'un Cosmoschtroumpf, sous l'empire du rêve où cette planète pourrait devenir une nouvelle Terre ?

En bref : tout autant qu'un mégot sur un caillou, nos idéaux et nos rêves sont des éléments constitutifs de notre réalité, celle de nos pensées, celle qui conduit nos actes. (NB. Le mot "rêve" est à comprendre ici au sens d'une aspiration imprimée sur notre conscience en tant que projet vague, d'où la proximité des rêves avec les idéaux et les valeurs, avec la différence que pour ses idéaux ou contre d'autres idéaux, chacun de nous serait prêt à mourir tout de suite ou, à défaut, serait prêt au pire).

Actualité antique, le retour

Nous voici maintenant équipés mentalement pour aborder l'autre forme de conte : la tragédie. Cette transition n'est pas incongrue. Le conte et la tragédie, on peut les considérer comme deux exercices littéraires sur le choc de la "réalité" et de la "vérité", sur l'incohérence des rêves personnels et des idéaux collectifs (et inversement), sur l'incomplétude de l'ordre face à l'arbitraire, sur la contradiction de nos projets face aux fatalités, avec des conventions différentes pour les raconter. Dans un conte, on se place dans un monde imaginaire mais pas bien différent du nôtre, puisqu'un enfant s'y retrouve spontanément; à la fin du conte, on s'en sort par une pirouette. Dans une tragédie, peu importe où on se place, l'espace mental se referme inexorablement et à la fin personne ne s'en sort. Cette littérature est l'équivalent d'une science expérimentale de nos limites dans le cours de notre vie sociale.

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Prenons un exemple de tragédie extrême : Iphigénie en Aulis d'Euripide. Le ressort du spectacle, c'est la variété des accommodements des personnages pitoyables ou révoltés, avec les forces sociales et les puissances physiques et divines, jusqu'à la résolution criminelle par un sacrifice humain. L'oeuvre fut écrite par un auteur célèbre qui n'avait plus rien à démontrer, réfugié à l'écart des blocs en affrontement depuis des dizaines d'années dans une guerre mondiale à l'échelle de l'époque - la guerre du Péloponnèse. C'était un homme de grande culture, il connaissait la démocratie en vrai déjà sous diverses formes, et il pouvait quotidiennement observer les mécanismes de la montée aux extrêmes entre des peuples civilisés à partir de pas grand chose - d'après Thucydide, en termes de géopolitique, le moteur initial de la guerre était la peur devant l'expansion des autres, pas seulement en termes de force brute, mais aussi de rayonnement culturel, d'ampleur des relations commerciales, etc. Est-il étonnant que cette oeuvre paroxysmique puisse nous sembler contemporaine ?

Très différente dans ses ressorts est la tragédie Iphigénie de Racine : les personnages s'emmêlent dans leurs psychismes et les devoirs de leurs apparences sociales, la dimension dramatique politique et religieuse reste dans le décor ... Pour mille raisons, en premier la différence de public, il est vain de tenter de comparer la version de Racine à la tragédie d'Euripide malgré l'identité apparente du sujet. On pourrait discerner chez Racine une anticipation psychanalytique, en tous cas une exploration de la relation entre le conscient et l'inconscient - nous ne développerons pas, c'est hors champ ici.

L'Iphigénie cinématographique de Cacoyannis (1977) tente une synthèse actualisée des deux conceptions tragiques, au moins dans la représentation et l'incarnation des personnages. La fin brutale du film nous épargne l'insoutenable légèreté (selon un point de vue contemporain) d'une substitution terminale de la victime par un animal (Euripide) ou par une autre personne (Racine). De toute façon, le résultat de la mise en balance entre deux réalités, celle d'un sacrifice humain et celle d'un rêve héroïque partagé, nous le connaissons sans ambiguïté depuis toujours... Certains carrés de nos cimetières en témoignent pour notre histoire récente.

Pourquoi l'éblouissante universalité de l'Iphigénie d'Euripide, parmi tant de récits sacrificiels trop dépouillés ou au contraire trop habillés pour en transmettre l'humanité profonde, a-t-elle été escamotée par tant de savants demeurés au niveau des explications scolaires de texte ? Serait-ce parce que la tragédie antique nous en dirait trop sur notre époque présente, et que cela ne cadre pas avec notre condescendance envers les Anciens qui ont tout inventé mais pas le progrès technique ni l'économie financière ? Par exemple, la réalité des processus de décision par les notables et les beaux parleurs est déjà complètement exprimée dans la tragédie grecque, notamment l'implacable cohérence des mensonges et la mécanique de convergence inexorable vers les croyances qui nous arrangent et les solutions qui s'en dégagent naturellement. Qui osera écrire une version moderne de cette tragédie, tandis que chaque jour nos dirigeants entrepreneurs gestionnaires sacrifient des milliers d'Iphigénies, toujours à peu près pour les mêmes raisons que dans la tragédie d'origine : pour que des gens continuent de vénérer les grands personnages, pour que les foules continuent d'aspirer à de nouvelles conquêtes dans la douleur, pour que des esclaves laborieux continuent de fabriquer des justifications ?

Comment ignorer que les réalités physiques et géopolitiques de notre petit monde contemporain sont redevenues plus proche de celles du monde grec antique que de toute l'histoire mondiale intermédiaire ? Et que les réalités mentales sont demeurées telles quelles ?

Evasion obligatoire demain

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Une misère flagrante de la pensée contemporaine, c'est la rareté des contestations des représentations des valeurs et idéaux obsolètes qui nous servent encore de référence, et en particulier des valeurs héroïques dévoyées à la Star Wars - valeurs personnalisées par des sauveurs ou des conquérants munis d'hyper machines, de superpouvoirs ou d'ultratrucs pour tout casser, tout gagner, tout s'approprier à la fin - une fin qui ne peut être qu'un cauchemar en sursis dans le meilleur des cas, après un match à rebondissements contre une caricature bien coopérative du Mal (autant dire du maladroit).... On se prosterne trop commodément devant le prétexte de la simplification enfantine, devant les lois des genres destinés à un large public, ou encore devant la liberté de création. La triste réalité de notre époque, c'est que ces valeurs pseudo héroïques ont encore cours; on peut constater d'ailleurs que les "bons" et les "méchants" les ont en commun dans toutes les représentations médiatisées de leurs professions ou de leurs statuts sociaux. Et nous écoutons passivement nos meneurs politiques, nos grands hommes, nos penseurs éclairés, nos fiers entrepreneurs nous parler de liberté, de démocratie, de solidarité dans les mêmes termes, en attente des mêmes assentiments, qu'à l'époque des Lumières, des diligences et des populations d'analphabètes dont la durée de vie moyenne plafonnait autour de 30 ans, à l'époque où le monde restait à découvrir.

La grande invention urgente de notre humanité présente devrait être une forme de citoyenneté planétaire responsable, en pleine conscience de nos limites individuelles et sociales, en pleine conscience des dangers et des faux semblants des idéaux et des rêves qui ont fait de nous des maîtres du monde incompétents. A présent que chaque personne d'un pays "développé" dispose de l'équivalent mécanique de plusieurs dizaines d'esclaves antiques, et que le Web pourrait être l'instrument d'une forme de démocratie revitalisée, comment échapper à l'obligation d'un miracle de civilisation aussi puissant et concentré dans le temps que le "miracle grec" antique ? Mais surtout pas sur les mêmes fondations.

Au contraire, nous pouvons constater que notre monde, dans sa réalité dramatique demeure celui de la petite princesse Iphigénie, à la différence que nos idéaux et nos rêves ont perdu leur substance, au point qu'ils assurent couramment la fonction de grigris autocollants dans la composition des discours emphatiques et dans les productions destinées à nos enfants joueurs d'objets logiciels déformables et agglomérables (fonction moins irréelle que l'assimilation implicite de "nos valeurs" à "nos coutumes" par tant de dirigeants de pays aux populations multiculturelles). En même temps, chaque jour un peu plus, le monde du Petit Prince s'éloigne de nous, avec celui de la vendeuse d'allumettes, dans la nostalgie des songes de nos ancêtres proches ou de nos contemporains âgés, mais dont nous ne savons plus partager les joies ni les douleurs. Cependant, la continuité de l'héritage mental est assurée : les niaiseries de notre temps valent bien celles de nos anciens puisqu'elles reviennent s'alimenter sur de très antiques racines, et bien que nos monstres n'aient pas les mêmes apparences, ils ont les mêmes fins et les mêmes manières que les leurs. Hélas.

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Pauvre andouille de Petit Prince, voilà ce qui a tant fait rêver l'humanité du siècle dernier : le pouvoir absolu, sous une forme quelconque du moment qu'il y avait un brin d'absolu, une ébauche de concept extensible à l'infini, même avec les deux pieds enfoncés dans un tas de fumier. La bonne question qu'il fallait nous poser, c'était celle de notre rêve. On en a fait des inscriptions, des peintures, des livres, des monuments et des dessins partout, et tant de projets encore dans les cartons. Moches. Tu aurais pu nous le dire avant de partir.

Toute science humaine est science des limites, en particulier pour les reconnaître et les déplacer, mais pas plus.

Mais, à présent, pour quel art de vivre sur une planète Terre, à la fois totalement habitée et de moins en moins habitable ?

A partir des "chiffres de l'économie", des sondages d'opinions, des études d'experts, des essais de penseurs, on ne fera que des projections de nos interprétations du passé, insuffisantes par manque d'audace et de réalisme, à l'intérieur de barrières d'intransigeance peureusement considérées comme des limites infranchissables, dans la terreur de nos monstres familiers.

Il est urgent de rêver sérieusement à un nouvel art de vivre et de s'accorder là-dessus entre les peuples de la Terre. Les bons idéaux et les bonnes valeurs, chacun les recréera par nature et selon besoin. Le reste suivra.

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Notes et compléments

L'idée du mégot trouvé sur un caillou en zone déserte est inspirée de la nouvelle "Le mégot" de Jacques Perret dans un recueil "Histoires sous le vent", republiée pour la jeunesse de 1959 dans "60 récits du nouveau monde" chez Gründ, un volume de 630 pages. (Hé oui, il y eut une époque où l'on pouvait offrir un gros livre de textes à des enfants, et ce livre était lu par eux en quelques jours ou semaines). Dans le récit original, écrit dans une langue savoureuse, le mégot est découvert par un chercheur d'or et son compagnon sur une plage de rivière après plusieurs jours de remontée en autonomie totale en pirogue à la rame en Amazonie dans une nature vierge. L'histoire qui s'en suit est à la fois grotesque et tragique, comme dans les moments d'exception de la vie réelle : recherche frénétique d'une explication à la présence du mégot dans ce coin isolé, jusqu'à l'extorsion d'un aveu du compagnon sous la menace d'une arme, etc. Actuellement, la menace du mégot a complètement changé de nature et de proportion : dans nos pays civilisés, nos plages marines voisines d'estuaires sont recouvertes de mégots et nos navigateurs solitaires rencontrent des amas de déchets en pleine mer. Notre planète est en évolution naturelle au stade "Mars moins 100 ans" plus les mégots, il est désormais normal qu'on en trouve partout.

En référence à l'antiquité grecque, il est utile de préciser que l'héroïsme de cette époque avait une consistance que n'a pas sa version moderne à la Star Wars (exemplaire par la persistance de ce que nos enfants en retiennent). Ce n'était évidemment pas seulement l'héroïsme du vainqueur : Hector, le perdant, est le grand héros de l'Iliade homérique. On ne croyait à aucun destin après la mort et on ne pouvait rien contre l'arbitraire des dieux, dont on cherchait les signes partout et constamment. Si on tente d'exprimer la mentalité du héros grec antique en termes "modernes", on a ceci : il faisait son devoir en recherchant l'éclat de la perfection, afin que d'autres s'en souviennent. La résonance avec un code du samouraï est évidente, plus généralement avec les règles fondatrices des groupes sociaux qui exigent l'abnégation de leurs membres dans un cadre défini, pas seulement des guerriers mais des artistes, des scientifiques, des explorateurs, des commerçants... Clairement, ce principe d'abnégation est à l'opposé d'un principe consensuel de solidarité au bénéfice d'un projet ou d'une finalité choisie - que l'on pourrait qualifier de principe de consensus "démocratique" par différence avec un principe d’abnégation codifiée. Néanmoins, en pratique, cette opposition des deux types de principes n'exclut pas la coopération des personnes diversement soumises aux deux types de principes si ces personnes vivent à l'intérieur d'une société intégrante capable d'évoluer, et sous l'évident préalable qu'aucun groupe ne soit enfermé dans un principe d'abnégation exclusive totalitaire (de nature religieuse, contractuelle, catégorielle,...). De ce point de vue, les conditions pratiques de compatibilité constructive des deux types de principes et la négociation d'une forme de pacte social de finalités communes sont devenues cruciales pour l'avenir de nos sociétés dans un monde de moins en moins habitable du fait des activités humaines. Cette conclusion diffère de la maxime bien connue "agir localement, penser globalement", une ineptie de théoricien, sauf dans le cas des pays découpables en régions géographiques de populations mentalement homogènes.

Suggestion de réflexion savante : étude rétrospective dans les arts populaires, par exemple de Star Wars à Iphigénie, des filiations et transformations des ressorts dramatiques de la tragédie grecque antique et des idéaux mis en balance dans cette tragédie, pour quels publics, pour quels attendus. Grand merci par avance.

jeudi 9 octobre 2014

Un monde trop plein de vide

Attention : billet faussement paradoxal. Découverte d'un gouffre au centre du système de nos collectivités humaines, en contraste avec le sentiment présent d'un trop plein de foule humaine et d'insignifiance de l'être. Rien d'ontologique ici, tout en réalité accessible à tous. Alors, le problème devient solution (comme tous les problèmes bien posés) : transformer le vide en espace d'invention.

Voyons de plus près, au travers d'une critique (constructive) de quelques ouvrages, comment un grand vide se révèle dans nos sociétés, comment il peut être habillé, comment nous pourrions surmonter nos vertiges artificiels pour enfin concevoir l'abîme dans sa réalité brute, l'assimiler dans nos consciences et nous rendre capables d'y survivre dignement.

1/ A l'échelle des millénaires

De l'inégalité parmi les sociétés, Jared Diamond, Collection folio essais, Gallimard, 2000.

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Le titre français et l'image de couverture sont provocateurs, car ils pourraient évoquer une thèse raciste. Au contraire, le titre anglais annonce un ouvrage de "Popular Science" (que l'on risque néanmoins de découvrir à côté d'ouvrages de révélations fabuleuses) : Gems Germs and Steel, the Fates of Human Societies - remarquons tout de même le pluriel des destins, qui n'annonce pas une doctrine exclusive.

En France, l'ouvrage trouve sa place au rayon anthropologie. En effet, son premier intérêt est de rendre compte des trouvailles récentes d'une science archéologique étendue à toute la planète et usant de techniques d'investigations très fines, en partie les mêmes que la police scientifique.

Par exemple, on parvient à déterminer, pour une île du Pacifique, quelles furent les vagues successives de populations au cours des siècles en remontant jusqu'à l'aube de la présence humaine. On parvient à savoir comment ces gens vivaient, dans quels environnements climatiques et naturels variables en fonction des cataclysmes ou des variations plus lentes des températures au cours des âges, de quoi ces gens se nourrissaient, quelles plantes ils cultivaient, quels animaux ils élevaient, avec quoi ils nourrissaient leurs animaux domestiques, quelles technologies ils maîtrisaient, etc.

C'est en résultat de patientes analyses que l'étude de la filiation génétique des plantes cultivées sur la planète révèle un nombre limité de foyers d'invention de l'agriculture aux temps préhistoriques, plus ou moins riches selon leurs environnements originels en plantes adéquates. Idem pour l'élevage.... Et tout ceci en étroite relation avec le développement des concentrations humaines, la spécialisation des tâches...

Sur une vaste synthèse comparative (pré)historique viennent se fonder les thèses de l'ouvrage, apparemment non spécifiques à l'auteur, si on en croit la bibliographie (remarque en passant : le modèle des ouvrages anglo-saxons, avec le report en fin de volume des notes, références et commentaires détaillés, manifeste une politesse envers le lecteur ordinaire; de plus, ce report incite le lecteur à considérer le texte de l'ouvrage comme porteur de sa propre logique d'exposition et même potentiellement du contenu qu'il cherche à transmettre).

L'une des thèses de l'ouvrage, c'est qu'à la source de la primauté historique (récente à l'échelle des millénaires) de l'ensemble eurasiatique, il existe un déséquilibre environnemental naturel en faveur de cet ensemble eurasiatique par rapport aux autres ensembles géographiques (dont celui des Amériques), et que les conséquences de ce déséquilibre se sont accumulées pendant des millénaires et se sont traduites dans les organisations sociales, les techniques, l'environnement humain au sens large.

A l'origine des temps, l'ensemble eurasiatique, géographiquement propice aux transports et aux échanges et concentré en latitude, a bénéficié des principaux foyers terrestres de plantes potentiellement cultivables et d'animaux potentiellement employables pour l'élevage, le travail, le transport. Il apparaît que ce sont les mêmes filiations génétiques de céréales initialement cultivées dans le Croissant Fertile que l'on retrouve plus tard en Europe, en Afrique du Nord, en Asie (en plus des plantes des foyers locaux comme le riz) jusqu'au Japon. Idem pour les chèvres, les cochons, les chevaux, les moutons... En contraste, le continent américain était moins bien pourvu en espèces naturelles potentiellement cultivables et de plus, il était défavorisé par son étalement Nord-Sud avec un étroit pontage médian situé en zone tropicale, au point que les foyers d'invention de l'agriculture sur le continent américain furent à la fois relativement plus pauvres et plus dispersés, et qu'ils demeurèrent isolés. Idem pour les espèces d'animaux potentiellement convertibles pour l'élevage. C'est en conséquence de ces déséquilibres que les confrontations historiques entre les américains autochtones et les européens furent extrêmement dévastatrices pour les premiers, en partie du fait d'une supériorité technique dans l'instrumentation guerrière, mais surtout du fait des maladies infectieuses introduites par les européens et par leurs animaux importés, contre lesquelles les américains autochtones n'étaient absolument pas protégés (environ 90% de la population aztèque en quelques mois, idem plus tard pour certaines tribus indiennes d'Amérique du Nord), ces maladies humaines ayant été jusque là confinées à l'ensemble eurasiatique en conséquence de mutations séculaires de virus endémiques des animaux d'élevage spécifiques à cet ensemble.

A l'encontre du sous-titre de l'ouvrage en édition française, "Essai sur l'homme et l'environnement dans l'histoire", l'auteur se défend de vouloir expliquer l'histoire de l'humanité, même à l'échelle des millénaires, par les seuls facteurs environnementaux : l'imaginaire social participe aux évolutions des sociétés. Il en donne des exemples en abondance, surtout des exemples négatifs d'ailleurs, où des populations ont refusé des techniques apportées par des visiteurs, ont renoncé à exploiter certaines ressources locales....

Nous avons une preuve contemporaine que l'imaginaire social n'est pas totalement conditionné par l'environnement. C'est que l'humanité, sur une planète dangereusement surexploitée, aurait du depuis longtemps effectuer non seulement la transition énergétique, mais la transition sociale et démographique qui s'imposent. C'est possible : on sait que certaines populations, dans l'histoire, ont réalisé ces transitions pour survivre aux changements de leur environnement local en partie causés par leurs propres activités humaines, et pas seulement des populations de quelques habitants de petites îles isolées.

Bref : enfin un ouvrage scientifique sur l'histoire de l'humanité qui nous dit quelque chose d'important pour nous maintenant !

Et aussi : enfin un ouvrage scientifique qui peut servir à faire taire les "on savait déjà tout cela" de nos maîtres charlatans bien calés dans leurs coussins aux couleurs à la mode, promoteurs permanents de l'interruption volontaire de conscience au delà de nos petites libertés journalières à l'intérieur des cadres sociaux établis.

2/ Et moi, et moi...

Ecoute, petit homme ! Wilhelm Reich, Petite Bibliothèque Payot, 1973

WReich.jpg Ce petit livre, qu'on trouvait dans les gares, il faut oser le lire... On peut aussi l’acheter rien que pour les dessins. Certains sont dignes des meilleurs caricaturistes.

C’est le livre de la dérision de notre humanité ordinaire.

Ce n'est pas un livre bien propre sur lui. On y trouve aussi la déclamation de l'auteur contre le "petit homme" qui l'a piétiné, lui le "grand homme" qui a tenté de faire le bonheur du "petit homme"... On se demande si l'auteur s'est toujours pris au sérieux ou s'il était sain d'esprit.

Peu importe, c'est un des seuls livres contemporains dont le texte est porté par un souffle prophétique, lisible en toute amitié, alors que l’on se prend une énorme baffe ou un grand coup de pied au derrière, au choix. Plus redoutable, pour nos grands personnages, que n'importe quel article satirique. Plus drôle et plus vrai, pour nous tous, que les enfilades figées de situations représentatives de nos comédies sociales.

On est pris par ce texte, entre rire et frayeur, face aux multiples facettes du racisme primaire du "petit homme", devant la misère de ses idéaux masquant la peur et l'envie, devant l’hypocrisie de ses recours à l'Autorité – tout cela pour son propre malheur.

3/ Propositions critiques

Notre époque est singulière. Le grand écart entre l'histoire de l'humanité à l'échelle des millénaires et l'histoire personnelle d'un individu dans son quotidien s'est tellement agrandi que le vent du vide est devenu sensible à beaucoup, même dans leur vie quotidienne, en particulier dans les entreprises et les grandes organisations.

Par ailleurs, nous tous, en tant que citoyens planétaires, nous pouvons observer l'absence de responsabilité collective de l'espèce humaine dans le pillage de la planète, l'illusion de son emballage par les diverses productions idéologiques collectives du racisme de notre espèce, secrétées et alimentées par nos abus individuels d'impuissance. Malgré ce début de conscience, l'espace et les ressources naturelles renouvelables de la planète Terre, physiquement indispensables à la préservation d'un avenir quelconque d'une humanité générique, deviennent chaque jour une portion plus réduite des biens communs surexploités par les effets de nos propres aspirations individuelles et de nos mécaniques collectives.

Nous sommes déjà 6 milliards de petits hommes, et bientôt beaucoup plus ! Combien de temps pourra durer notre festin compte tenu des ressources disponibles ? Quelques dizaines d'années et certainement pas sans un grand conflit, du genre qui met définitivement hors jeu une bonne partie de l'humanité - rêvons que ce soit un carnage moderne, efficace, sans haine, machinal, bien net, avec peu de dégâts collatéraux, et après anesthésie.

Pourtant, des gens s’agitent comme s’il y avait un espoir... Si l'irresponsabilité planétaire de notre espèce devient insupportable à beaucoup de "gens de bonne volonté", alors on pourrait penser qu’il suffira de créer ou de renforcer les institutions adéquates au niveau planétaire pour gérer la situation et mettre ses évolutions futures sous contrôle dans une grande « économie » de l’humanité. Ah oui, sur quelles bases de légitimité, avec quel pouvoir sur les institutions préexistantes et sur chacun de nous ?

En tous cas, n'espérons pas rembourser en monnaie de singe la dette de l'humanité envers les régions irréversiblement détruites de la planète.

Nous savons bien que l’ambition d’un super pouvoir sur nous tous, toutes choses égales par ailleurs, est déjà déçue, déjà trahie a priori sans même entrer dans les détails. Dans le monde tel que nous l’avons fait, nos bons sentiments et nos bonnes intentions sont incapables de déclencher le changement de civilisation physiquement nécessaire à l'échelle du désastre accompli. Car la brutale réalité, c'est que la source de la destruction en cours, c'est nous-mêmes. Et ceci doublement : d'abord par nature (notre comportement primaire d'imitation compétitive) et ensuite par l'imprégnation de cultures historiques développées dans un contexte conquérant de totale irresponsabilité - la "solution" traditionnelle pour assurer l’avenir étant de faire des enfants autant que son voisin et mieux.... L'évidence, c’est que nous ne pourrons pas arrêter notre course à la mort écologique tant que nous ne dépasserons pas nos idéologies historiques fatales, celles qui sont aux fondements de nos systèmes collectifs, à l'échelle locale comme à l'échelle planétaire, et nous conditionnent dès notre petite enfance.

C’est pourquoi, une idéologie salvatrice nouvelle, quelles que soient son potentiel et sa pertinence, ne sera d'aucun effet si elle est placée sur le même plan que les idéologies antérieures. Elle ne fera que s'ajouter aux autres et ceci d'autant plus certainement qu'elle affirmera sa prétention à les dépasser. Elle sera âprement discutée à partir des autres, elle sera digérée... Exemple : l'idéologie écologique, malgré tout son arsenal scientifique, est ravalée au rang de l'idéologie politico-économique contemporaine, elle-même fondée sur l'idéologie du progrès de l'humanité par la technique, elle-même issue de l'idéologie des destins héroïques.

C'est pourquoi, toute solution idéologique nouvelle ne pourra devenir effective que par sa matérialisation dans un nouvel espace physique et logique, dans une dimension inconnue des idéologies anciennes.

C'est pourquoi, ce nouvel espace doit être consacré à la réconciliation de l'individu avec la société, de l'humanité avec la planète - dans les vides des idéologies historiques.

C'est pourquoi, notre nature humaine fondamentalement machinale et animale (mais pas seulement...) doit être reconnue, et tout particulièrement ses caractéres obsolètes afin de ne plus les cultiver – nous rendant ainsi capables d'inventer et de pratiquer les nouvelles étiquettes adaptées aux divers types d'échanges sociaux dans ce nouvel espace.

D'où les propositions de ce blog :

  • sur l'invention du Web comme espace de création sociale (sachant que tout reste à faire, mais que tout demeure possible),
  • sur le parallélisme entre la valorisation (non marchande) des compétences individuelles et la réinvention d'une démocratie authentique de citoyens planétaires,
  • sur le développement de divers types d'étiquettes d'interactions et d'échanges.

C’était presque tout pour hier… La bonne nouvelle, c’est que ces propositions-là n’ont rien d’utopique, parce qu’elles ne supposent pas le changement de notre nature humaine, parce qu’elles ne supposent pas non plus la révolution de nos institutions. D’ailleurs, à ce compte-là, ce sont nos pseudo vérités ambiantes sur nous-mêmes et nos certitudes sur nos systèmes de vie, de même que nos idées de révolutions dramatiques, qui sont des utopies dangereuses. Alors que notre vérité est ailleurs.

mercredi 28 mars 2012

Ignorances et convergences interdisciplinaires

Nous ne pouvons juger ni commenter le livre sur "La dignité de penser" de Roland Gori (Les liens qui libèrent, 2011). Il nous vient d'une autre planète, celle des "psys", comme on dit chez les "scientifiques".

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Cependant, nous avons eu l'impression d'une parenté sur de nombreux points, notamment l'urgence d'entretenir nos mémoires collectives et nos cultures en développant nos récits personnels, imparfaits, incomplets, destinés à la transmission de l'expérience humaine de chacun à chacun, au lieu de nous laisser mettre en cage par une Communication bidon et par des techniques informatiques oppressives.

En chemin, nous avons cru repérer deux divergences, assez générales vis à vis des "Psys", pour qu'elles méritent un développement.

Premier petit désaccord : non, M. le Psy, l'informatique n'est pas coupable d'une catastrophe récente de l'esprit humain. L'informatique est une technique, il faut la distinguer de son usage, qui peut effectivement être nuisible, notamment par des fanatiques ou par des malins sans scrupule. En revanche, le Web apporte une dimension nouvelle dans l'outillage des manipulations et l'inoculation des maladies de la pensée. Mais ni l'apparition des maladies de la pensée, ni le déploiement des propagandes manipulatoires ne sont imputables à l'informatique. "Ce qui est nouveau avec le Web, c'est le niveau de généralité et d'instantanéité de la diffusion événementielle, d'où la perte des lettres (au sens de la recherche d'une expression juste et réfléchie), d'où la dévalorisation de l'intermédiation (remplacée par des réseaux répéteurs), d'où l'assujettissement de nos esprits à un vécu formel d'émotions normalisées."

Au total, concernant ce premier désaccord, nos analyses sont différentes de celles de R. Gori, mais certainement pas les conséquences que l'on peut en tirer.

Deuxième désaccord, plus profond. La plupart des ouvrages admettent que le langage articulé est une caractéristique humaine, et même qu'il serait le propre de l'homme. Au contraire de cette affirmation sans nuance, nous soutenons l'hypothèse que la capacité humaine de créer des étiquettes de comportement pourrait précéder le langage, et même en être la source.

Autrement dit et pratiquement, l'affirmation banale que le langage serait la condition de la communication humaine nous prive d'un univers de possibilités d'échanges, en particulier entre des personnes de cultures différentes. Il s'agit de l'univers de la communication fondée sur une étiquette comportementale, notamment dans les cas de spécialisation, où le besoin de communiquer ne nécessite pas la complexité d'un langage à vocation généraliste. Un exemple banal de communication comportementale spécialisée est donné par les signaux du code de la route; autre exemple : les échanges entre scientifiques dans un domaine technique étroit se réalisent en pratique indépendamment de la langue de travail - on se tromperait en disant qu'il s'agirait simplement d'une sous-langue technique, c'est plutôt une culture spécifique d'échange qui réutilise des éléments d'une langue existante d'une manière conventionnelle et propre à la communauté du domaine considéré.

Il serait futile de considérer l'univers des étiquettes de comportement comme un territoire d'exploration strictement réservé à l'anthropologie des dernières peuplades coupées de l'économie financière. Au contraire, c'est un univers disponible à la création libre, où des communautés constituées sur des finalités peuvent construire leur outillage de communication adapté, par exemple demain sur le Web.... C'est ce que nous avons développé dans notre ouvrage sur la transmission des compétences à l'ère numérique (voir le lien Essai sur un Web alternatif).

En soutien de l'existence d'une strate de communication sociale avant le langage, citons un extrait de la fin de l'article "Autisme : la psychanalyse (enfin) contrainte à évoluer" par Serge Tisseron, psychiatre et psychanalyste (Libération mercredi 22 février 2012 page 20) :

[... l'occasion pour les psychanalystes d'engager des renouveaux théoriques. L'un d'entre eux est à mon avis la clé de tous les autres : c'est la reconnaissance de trois formes complémentaires et équivalentes de symbolisation.

La symbolisation sur un mode sensoriel, affectif et moteur implique les mouvements, les gestes et les mimiques. Ils nous permettent de donner des représentations de ce que nous pensons et éprouvons avant de constituer la base des liens sociaux. La symbolisation imagée consiste à se donner des représentations imagées d'un événement... Enfin, la symbolisation sur un mode verbal correspond à une double mise à distance de l'événement : par le fait d'être formulé en son absence et par le fait que cette formulation fait intervenir une forme de codage de l'information totalement arbitraire. Divers témoignages écrits par des autistes nous invitent à repenser les choses de cette façon. Freud n'avait pas tout prévu.]