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dimanche 19 janvier 2014

Formidables moutons électriques

Sur la prairie verte, les moutons semblent brouter paisiblement mais en réalité, ils sont en pleine activité. Chacun d’eux porte un casque super techno, un casque à électrodes avec une visière transparente devant les yeux, pour communiquer avec les autres et surfer sur le Web. Le dispositif se commande par la pensée. Les sites Web viennent s'afficher sur la visière, en superposition de la vue réelle sur le gazon.

Le site Web favori de chaque mouton, c'est son propre site Mirex, le site miroir de sa vie. Chaque mouton le construit lui-même jour après jour en racontant son expérience. Gooplosoft lui fournit gratuitement un modèle personnalisé de Mirex en échange de son pedigree et de quelques droits de regard sur le contenu. Au fur et à mesure du remplissage du Mirex, Gooplosoft adresse à l’auteur des conseils personnalisés. Et Gooplosoft invite régulièrement les auteurs à communiquer entre eux à propos des sujets d'intérêt commun que Gooplosoft a détectés dans leurs profils actualisés heure par heure.

C'est l'occasion de rencontres passionnantes, tout en broutant !

Mouteouteki_1.jpg Mais, en plus, les moutons sont malicieux, ils adorent jouer au TéouTéki. C’est un jeu à distance entre deux moutons sur le Web. Le premier mouton peut apercevoir son interlocuteur sur la prairie mais il s'amuse à prétendre qu'il est ailleurs et quelqu'un d'autre, par exemple à Calcutta un trader spécialisé sur le marché des grains, en même temps qu’il interroge le Web pour se documenter à toute allure sur ce qu'il est censé dire et sur les informations nécessaires pour comprendre son interlocuteur, qui se fait passer pour un autre trader à l'autre bout du monde et rigole en lui tournant le dos. Les onglets des sites Web consultés viennent se superposer et se bousculer sur les visières des deux moutons pendant leur partie de TéouTéki et, même de loin, les observateurs s’émerveillent du jeu des couleurs et des lumières sur les écrans des protagonistes. Certains de ces observateurs ont développé une capacité de mémorisation prodigieuse des séries de couleurs et savent en déduire sur quels marchés locaux les traders sont en train d'opérer. L'enjeu est de taille car il s’agit de saisir le vent des affaires et de réaliser des opérations juteuses !

Mais ce qui motive chaque mouton au plus profond de lui-même, c'est le projet d'intégrer le groupe des Champions, ceux qui sont reconnus pour la valeur de leur site personnel Mirex sur le grand tableau de cotation mis à jour en temps réel par Gooplosoft. Pour aider les moutons dans leur quête personnelle, Gooplosoft a créé des académies sur le Web. On y apprend comment organiser les thèmes d'un Mirex, comment le faire référencer par d'autres Mirex, comment développer un contenu personnel attractif, comment exprimer ses préférences et ses dégoûts, etc. Les exercices n'exigent que trois capacités intellectuelles : reconnaître une séquence-modèle à l'intérieur d'un ensemble, recopier une séquence-modèle, substituer une séquence-modèle à une autre. Et rien qu'à partir de ces capacités élémentaires convenablement mises en application, on peut devenir un Champion ! Miracle de l’intelligence collective et de la technologie !

Mouteouteki_2.jpg Il y a tout de même une difficulté pour devenir un Champion. C'est que le site Mirex doit être rédigé en respectant l'orthographe et la grammaire classiques. Or, la langue courante des moutons est une langue véhiculaire destinée à la communication instantanée en fonction des grands titres d'actualité, des émotions à la mode, des réclames publicitaires du moment... bref, la langue d’expression courante des moutons a évolué dans le temps très loin de ses racines classiques. Heureusement, Gooplosoft a conçu un traducteur automatique presque parfait. « Deux mains j'essuie en va qu’ence» est automatiquement traduit par "demain, je suis en vacances" en langue classique. Les moutons trouvent que les traductions de Gooplosoft sont poétiques. Pour eux, cette étrangeté est une source d’émerveillement : plus c'est beau, plus on a du mal à se relire.

Gooplosoft organise un concours permanent du site Mirex du jour. Ce concours récompense une contribution remarquable, par exemple un reportage sur un événement spectaculaire dans l’évolution des cours des matières premières, une suggestion pertinente, une critique percutante, un alexandrin éternel, une révélation croustillante. Officiellement, le critère de sélection du gagnant est chaque jour totalement différent de celui de la veille, de manière à ce que tout le monde ait sa chance, mais certains moutons prétendent avoir découvert une logique de transition d’un jour à l’autre. Le gagnant est annoncé le matin. Il a le droit d'aller brouter partout pendant la journée, y compris s'il doit pousser de côté d'autres moutons pour brouter à leur place. Pour les perdants, il est flatteur de découvrir que leur herbe est meilleure que celle des gagnants, même si certains gagnants abusent et forcent les perdants à la diète.

Justement, Gooplosoft vient d’ouvrir une plate forme de débats en préparation d’un referendum sur la proposition « débranchons les coupables d’abus» ; les débats sont très bien organisés ; on peut exprimer son soutien ou son opposition à diverses motions sur le pourquoi et le comment ; les sites Mirex débordent de développements explicatifs où chacun développe sa position personnelle en regard de celles des autres, en fonction de son propre parcours de vie. Le vote de chacun sera vraiment représentatif de la conscience collective en pleine connaissance des causes et des conséquences.

Le soir, les moutons électriques rentrent à la bergerie pour se recharger. Le courant provient d'une centrale verte, une centrale qui brûle de l'herbe et alimente le Web.

Toutes les enquêtes démontrent que les moutons électriques sont persuadés de vivre une expérience formidable dans une société consacrée au libre développement de leurs personnalités et de leurs projets personnels dans une saine émulation des compétences, chacun dans l’unanimité de son petit moi objectif dans le progrès général de leur société démocratique.

Comment pourrait-il en être autrement ?

Notes

Les trois capacités élémentaires des moutons électriques : repérer une séquence-modèle dans un ensemble, recopier une séquence-modèle, substituer une séquence-modèle à une autre, sont une extrapolation littéraire des fonctions constitutives d’une machine de Turing.

Comme son nom l’indique, la machine de Turing est une invention du mathématicien Alan Turing (1912-1954), l’un des fondateurs de l’informatique, par ailleurs célèbre pour avoir contribué à décoder pendant la guerre de 39-45 le cryptage des messages entre l’état-major allemand et les unités distantes.

La machine de Turing est définie par son inventeur comme une abstraction mathématique. Elle est utilisée comme référence théorique pour déterminer le niveau de complexité des questions et problèmes mathématiques, y compris ceux dont on ne connaît pas de solution, en regard de leur potentiel de résolution par un ordinateur.

Les capacités très élémentaires en apparence de la machine de Turing ne doivent donc pas être prises à la légère : on n’a pas encore su concevoir un type de machine plus « intelligente ».

Si vous trouvez que le paragraphe sur la perte du langage et la traduction automatique est tiré par les cheveux, allez donc faire un tour dans un pays insulaire d'extrême Orient où le smartphone permet d'envoyer des messages traduits automatiquement en langage littéraire; tout le monde peut écrire un roman !

Le texte de ce billet est un extrait adapté de l’ouvrage de référence "La transmission des compétences à l’ère numérique" que vous pouvez télécharger ici.
Vous allez probablement prendre un sacré choc, mais les billets de ce blog peuvent vous aider à le supporter.

samedi 6 juillet 2013

Sites héritages, convivialité

Dans certains cimetières aux Etats Unis, sur les pierres tombales, on trouve un code à barres permettant de se connecter vers un site Web à la mémoire du défunt, diffusant ses morceaux de musique favoris, montrant ses objets préférés, etc.

Par ailleurs, voici qu'on nous assène, d'après les notes d'une infirmière australienne, le top 5 des regrets de nos fins de vie :

  • ne pas avoir eu le courage de vivre sa vie plutôt que celle voulue par les autres,
  • avoir consacré trop de temps à son travail,
  • ne pas avoir su mieux exprimer ses sentiments,
  • avoir perdu le contact avec ses amis,
  • ne pas s'être autorisé plus de bonheur.

Bien entendu :

  • nous respectons les proches des défunts, pour qui la seule évocation d'un lieu, d'un objet, d'une musique, d'un parfum, d'un événement local, suffisent à faire revivre en eux les disparus - mais pas en nous hélas.
  • nous respectons les personnes âgées, même si leurs paroles sont réinterprétées comme des leçons de vie pour le bien-être d'individualistes frénétiques d'une société d'abondance consacrée à l'engraissement du PIB national

Cependant, nous affirmons que ces pratiques post mortem et ces conseils pour réussir nos vies sont les résultats d'une propagande d'abrutissement d'un demi-siècle, à présent considérablement amplifiée par le Web.

En effet, quels progrès ont été accomplis récemment grâce au Web !

  • Une tombe (virtuelle) de pharaon avec trophées et objets familiers, c'est à la portée de tous.
  • Notre développement personnel au milieu de nos amis virtuels. c'est tout de suite en quelques clics, pour exprimer librement notre sentimentalité à l'eau de rose, partager instantanément nos doutes et nos certitudes déjà si bien décrits dans les sondages, jouir des dernières offres à prix sacrifié, même au boulot !

PrcSCx.jpg Alors, chacun de nous peut disparaître sans regret ! Les autres n'en souffriront pas beaucoup, en admettant qu'ils s'en aperçoivent, si occupés de leur propre bonheur en précieuses causeries avec leurs semblables...

La propagande assimile le sens de notre vie à la poursuite d'une forme convenue de bonheur personnel, quel que soit l'habillage que nous en donnons, même le plus altruiste ou le plus imprégné de transcendance. Les théories de l'optimum social nous démontrent que le libre jeu des égoïsmes conduit à l'optimum, n'est-ce pas ? Laissons les ronchons nous rappeler que c'est un optimum au sens économique sans autre qualification (notamment, du point de vue de l'"égalité" et de la "justice"), et que ces théories ne disent pas dans combien de temps on pourrait atteindre cet "optimum", ni comment on pourrait s'en approcher, sauf dans un univers imaginaire de compétition libre et non faussée et toutes choses égales par ailleurs - ce qui, à l'évidence, nous fera évoluer en douceur vers le meilleur des mondes...

En l'état, le Web est l'instrument idéal, neutre et "en toute liberté", de la propagation des théories et des croyances, pour la crétinisation des savants, pour l'asservissement mental généralisé. Le Web dans son intégralité : pas seulement en tant que media, mais comme base de sondage instantané et lieu de soumission hypnotique. En effet, pour la première fois dans l'histoire de l'humanité à cette échelle, "on" peut observer et mesurer en temps réel dans un large échantillon de populations bien caractérisées, la diffusion des annonces, idées, bobards, bidules et symboles qui ont été introduits dans les organes médiatiques à partir des savantes productions de diverses agences d'influence et de leurs répétiteurs. "On" peut ensuite analyser les mutations de ces annonces, idées, bobards... et, bien entendu, les contrôler pour invasion, hybridation, et toute la palette des techniques de manipulation des esprits. Et, pour l'action personnalisée sur les usagers du Web dans le sens des opinions majoritaires ou destinées à le devenir, les robots spammeurs font figure d'antiquités grotesques à côté des dernières générations d'automates intelligents....

A l'encontre de cette basse réalité, venons en à notre sujet, à savoir les sites personnels héritages. Pendant que nous sommes encore en vie et que la honte de ce que cela implique pour des citoyens d'un pays "riche" ne nous étouffe pas complètement, osons imaginer un autre Web, celui des personnes (ou collectifs, peu importe) qui envisagent de partager directement avec d'autres leur expérience de la vie, pas en général au plan philosophique, mais ponctuellement et pratiquement dans un domaine défini à chaque occasion et dans le cadre d'une réalisation concrète par l'un des protagonistes (ce but peut être modeste, par exemple la fabrication d'un plat gourmand).

La base de ce Web alternatif, ce sont des sites personnels, des sites héritages, où chacun décrit schématiquement son parcours de vie et relate plus en détail les quelques récits personnels importants pour lui, au besoin en faisant référence à des archives de documents contextuels (pas seulement pour les facilités encyclopédiques, mais pour la compréhension de l'implicite et l'intuition du non-dit de chacun). Ce web là contient des plates formes de formation - discussion en accès libre où chacun peut-être maître ou élève selon l'échange à réaliser, des annuaires inversés par thème à l'intérieur de réseaux tuteurs, etc. Un exposé complet se trouve dans l'ouvrage de référence en lien, Essai sur un Web alternatif. On y trouvera aussi les éléments d'une constitution des sociétés virtuelles pour le développement de dialogues constructifs des sites héritages (oui, vous avez bien lu, c'est le problème de la poule et de l'oeuf), les principes d'étiquette à respecter et un modèle adapté d'interaction (modèle CHOP), etc.

Ah, cette personne sous la tombe en Californie, à part sa musique favorite et ses objets fétiches, je voudrais qu'elle ait pu laisser une simple liste des diverses périodes de sa vie, qu'elle ait pu indiquer les périodes qu'elle a considérées comme importantes, qu'elle ait pu raconter pourquoi en quelques récits plus détaillés... Conducteur de taxi, assureur, chômeur, agent d'assurance, pilote intérimaire, rien de tout cela ou tout cela à la suite, cela me parlerait, j'en suis certain, à moi si loin et si éloigné de sa culture, bien au-delà de ce qu'elle m'aurait dit ou montré ou fait entendre... J'irais fouiller des encyclopédies, rechercher des cartes, compulser des albums de photos, à la recherche des trésors qu'elle m'aurait légués sans le savoir et que je serais le seul à pouvoir trouver, débris de compétences, étincelles d'intelligence, indices de projets, pour moi bien plus que des cendres trahies à la pelle dans une biographie reconstituée.

Sinon, pas de convivialité.

mardi 5 mars 2013

Le logiciel libre, une liberté pour qui, pour quoi ?

Définition trouvée dans Wikipedia version française : "Un logiciel libre est un logiciel dont l'utilisation, l'étude, la modification et la duplication en vue de sa diffusion sont permises, techniquement et légalement. Ceci afin de garantir certaines libertés induites, dont le contrôle du programme par l'utilisateur et la possibilité de partage entre individus." Voir aussi http:/www.gnu.org/philosophy/free-sw.fr.html et notamment le lien vers les termes prêtant à confusion.

Le but ici n'est pas de critiquer le logiciel libre, encore qu'on trouvera dans ce billet un ramassis d'observations parmi les plus piquantes jamais écrites sur le logiciel libre d'un point de vue souvent oublié, celui de l'utilisateur et celui de l'informaticien "proche des utilisateurs". Notre but est d'évoquer une dimension à notre avis insufisamment développée du logiciel libre, à savoir la création de nouveaux services aux utilisateurs. A preuve, on en proposera une réalisation urgentissime.

Par avance, pour légitimer notre démarche, rappelons que dès les débuts du mouvement du logiciel libre, l'idée de nouveaux services aux utilisateurs était présente, et qu'elle a produit des réalisations. Voir par exemple http://www.gnu.org/encyclopedia/free-encyclopedia.html à l'origine de Wikipedia.

En tant qu'utilisateur, je reconnais mon immense dette au logiciel libre. Pas seulement pour l'ivresse de l'évasion au grand air, au lieu de rester vautré sur les canapés moelleux des grandes fabriques. Clairement, je fais des économies financières considérables en utilisant une suite bureautique libre, un lecteur libre multimedia (y compris radios web, tnt, dvd tous formats évidemment), un anti virus libre, un système fondé sur GNU/Linux, et avec un navigateur libre j'évite probablement une partie de l'espionnage sur le Web, etc.

penguin_640.png C'est presque négligemment que je mentionne GNU/Linux, du fait que l'on trouve d'excellentes distributions conviviales faciles à installer et à utiliser. En passant, j'en profite pour un avertissement : ignorez les articles pour ou contre Linux, et spécialement ceux qui font croire ou laissent penser à la nécessité de passer en ligne de commande pour maîtriser un système GNU/linux; tout cela est dépassé depuis au moins 5 ans. Il n'existe plus, à l'encontre de GNU/linux pour l'utilisateur, qu'un seul argument "sérieux" : celui des jeux vidéo, et encore seulement dans la mesure où ils font appel aux toutes dernières cartes graphiques et aux drivers associés (voir http://winehq.org).

Et les distributions de GNU/Linux ne sont plus depuis longtemps des curiosités que l'on est invité à tester en parallèle d'autres systèmes, elles sont robustes et entretenues. J'utilise encore, parce que c'est mieux qu'une tablette pour ce que j'ai à faire, un netbook Eeepc 4G Asus de première génération, sur lequel j'ai installé dès l'origine un système XUbuntu 8.04 (avril 2008); je reçois encore (02/2013) des mises à jour de sécurité bien que cette version d'Ubuntu ne soit plus officiellement soutenue depuis longtemps (mais les versions remplaçantes sont trop encombrantes pour mon vieux netbook).

La réalité brute, c'est qu'actuellement le logiciel libre est partout et qu'il a tiré le progrès des dernières années dans de nombreux domaines, bien que d'une manière parfois souterraine pour l'utilisateur. Pour être objectif, cet effet d'entraînement n'a pas toujours été le résultat d'une supériorité technique ni d'un enthousiasme spontané. La menace de l'émergence d'une concurrence gratuite a pu motiver certains logiciels propriétaires à proposer des versions libres d'usage courant de leurs produits. En tous cas, les utilisateurs de réseaux sociaux et de tablettes doivent le savoir : leurs outils magiques n'existeraient probablement pas sans le logiciel libre.

Maintenant, on devrait s'interroger :

  • pourquoi est-ce que le mouvement militant du logiciel libre a si bien réussi ?
  • pourquoi cette réussite est-elle méconnue ?
  • quels sont les besoins de renouvellement pour que cette réussite puisse continuer ?

Je n'aborde ici que les deux derniers points, faute des connaissances nécessaires pour relater correctement l'histoire contemporaine - pour cela, je renvoie à Wikipedia et à R. Stallman.

Le logiciel libre reste méconnu du grand public parce qu'en pratique, l'utilisateur confond logiciel libre et logiciel gratuit. Le terme "free software" est d'ailleurs porteur d'ambiguité, puisque "free" signifie libre mais aussi gratuit. De plus, il existe des logiciels gratuits qui ne sont pas des logiciels libres et inversement les logiciel libres sont souvent distribués en version binaire gratuite directement installable sur les systèmes courants. Bien entendu, l'utilisateur peut faire la différence en lisant la licence d'utilisation jointe au logiciel ou celle qui s'affiche lors de son installation; sinon, il peut la lire sur le site Web du logiciel ou de la fondation qui l'a produit. Autrement, il n'existe, pour l'utilisateur final, aucune différence entre un logiciel libre et un logiciel gratuit.

Donc, une réponse correcte à la question ci-dessus posée à propos de la méconnaissance du logiciel libre serait :

  • l'utilisateur peut savoir qu'il utilise un logiciel libre,
  • mais c'est à travers un texte à caractère juridique, plutôt répulsif ou difficile à interpréter,
  • et de toute façon, cela n'a aucune conséquence pratique immédiate pour cet utilisateur.

Clairement, il manque quelque chose comme un logo témoin de l'adhésion à la philosophie du mouvement du logiciel libre, un signe de "liberté égalité fraternité", et pas seulement de conformité avec un type de licence. Pourquoi pas une signature palmée ou une trace de pas de manchot ? A l'opposé, les sites Web de fondations de logiciels libres qui affichent leur liste de soutien par des sociétés à gros bénéfices flouteraient plutôt l'image du logiciel libre, au lieu qu'une présentation légèrement différente pourrait la renforcer.

Bref, les informaticiens ne sont pas des commmunicants, et dans un monde sans pitié, ils se font rouler.

Concernant les besoins de renouvellement du mouvement du logiciel libre, en tant qu'informaticien "proche des utilisateurs", les déficits à combler me semblent évidents. Autant j'apprécie la puissance des outils libres destinés au développement ou à l'environnement d'exécution des logiciels d'application, autant je m'interroge sur le dynamisme créateur de ces outils, qui me semble pris dans une spirale de répétition plutôt que vers l'innovation.

En résumé :

  • je suis las de refaire l'apprentissage de chaque nouvelle branche des logiciels piliers libres PHP, Python, Apache, etc tous les 18 mois environ (je ne parle pas de versions successives, mais bien de familles de versions, chacune avec ses propres règles de paramétrage et avec ses propres exigences de compatibilité avec les autres piliers libres, et plus subtilement encore avec le système hôte, à découvrir dans des contributions éparpillées à l'intérieur de forums techniques - et concernant les bogues, en particulier les bogues de régression, c'est encore pire si c'est possible...)
  • je suis effaré de lire les annonces de publication de logiclels de plateformes collaboratives dont les fonctions sont reproduites à l'identique depuis des années et nécessitent un paramétrage très professionnel pour fonctionner tant bien que mal
  • alors que des réseaux sociaux, qui n'ont rien inventé techniquement, pèsent des milliards de dollars et passent pour des bienfaiteurs de l'humanité.

MM. et dames du logiciel libre, vous tournez en rond, on vous tond la laine sur le dos, et en plus, vous avez mieux à faire !

penguin_whitix.png Par exemple, il serait urgent de créer un ensemble de logiciels permettant à l'utilisateur "ordinaire" de créer son propre site Web d'interaction sociale, localement chez lui ou proche de chez lui, en conformité avec les principes d'architecture décentralisée du Web, afin que l'utilisateur conserve la maîtrise physique de ses informations personnelles, de la nature et du contenu de ses interactions. Autrement dit, si quelqu'un ou quelque chose veut de quelque manière accéder à ces informations personnelles, historiques et natures d'interactions, contenus échangés, etc. l'autorisation explicite du propriétaire sera nécessaire et selon les conditions d'usage que ce proprétaire aura imposées.

Non, les logiciels libres existants ne répondent pas, en l'état, à ce besoin et même en assemblant plusieurs logiciels existants, on sera loin du compte. Car il ne s'agit pas de fabriquer un milllième générateur de site web ou de plate forme collaborative vaguement spécialisée. Il s'agit de redonner à l'utilisateur sa place sur le Web, comme personne humaine. En revanche, il n'est nul besoin de rechercher une performance technique permettant un nombre élevé de connexions simultanées, il est au contraire préférable d'instaurer une forme de rationnement maîtrisé au travers d'automatismes d'administration bien pensés en parallèle avec la conception.

Tentons d'ébaucher ce que doit pouvoir faire l'utilisateur ordinaire d'un tel logiciel :

  • créer, tenir à jour son site Web, sur sa machine pour les mises au point du site), le publier automatiquement en parallèle sur le Web dans son espace personnel alloué par son fournisseur d'accès
  • distinguer explicitement, dans son site Web, les éléments rendus visibles aux moteurs de recherche (les autres ne l'étant pas, par défaut)
  • entretenir un profil public de ses centres d'intérêt et de sa propre présentation personnelle
  • pouvoir temporairement mettre son site Web hors ligne et annoncer une date/heure UTC de remise en ligne; éventuellement programmer un calendrier de mise hors ligne / remises en ligne
  • trouver de nouveaux correspondants par l'intermédiaire des moteurs de recherche, moyennant par exemple une forme de préfixage automatique spécifique à ce type de site des thèmes d'intérêt déclarés dans le profil public
  • dialoguer avec de nouveaux correspondants potentiels, leur donner accès éventuellement indivuduellement à des parties privées du site
  • définir des types de correspondants afin de dire, dans son site Web, quels éléments seront visibles de quels types de correspondants
  • adopter des correspondants, les affecter à un type défini de correspondants (sans que cela soit obligatoire, le typage n'étant qu'une facilité en vue de la définition des interactions)
  • de sa propre initiative ou sur proposition périodique programmée, traiter les demandes de contact, commentaires et messages reçus
  • de sa propre initiative ou sur proposition périodique programmée, traiter les abonnements informatifs requis par les correspondants adoptés (informations d'évolution du site)
  • tenir une (petite, simple) conférence à distance avec des correspondants individuellement choisis parmi les correspondants répertoriés
  • créer des zones temporaires de mise à disposition de photos, textes, vidéos à l'intention de correspondants individuels, éventuellement alimentées à partir d'appareils portables
  • créer des forums-chats temporaires de correspondants individuels en interaction textuelle asynchrone (tout message d'un correspondant apparaît chez les autres en temps quasi réel mais les correspondants ne sont pas forcément en ligne simultanément)
  • etc,

Vous voyez l'idée, au-delà de cette énumération très perfectible ? Pensez aux besoins d'interactions, via des sites web personnels décentralisés, entre les membres d'une famille éclatée sur plusieurs continents dont certains voyagent, avec en parallèle des interactions avec des collègues de travail sur des affaires multinationales (pas trop confidentielles) et en parallèle des interactions avec des correspondants divers sur des thèmes d'intérêt, par exemple le bricolage en plomberie. L'ensemble logiciel doit permettre à un utilisateur ordinaire de tenir conjointement ces trois genres d'interactions d'une manière simple et transparente, avec une administration conviviale aussi automatisée que possible. J'insiste sur deux points. Premier point : du point de vue de l'utilisateur, l'identité des correspondants n'est certainement pas définie de la même manière dans les trois genres d'interactions; ce n'est pas un détail à traiter seulement au niveau des affichages ou de l'ergonomie des interactions. Deuxième point : le souci de la facilité d'emploi par un utilisateur ordinaire doit concerner l'administration du site Web autant que les autres fonctions; cette administration doit donc être conçue en parallèle avec les autres fonctions et pouvoir influer sur la conception de ces autres fonctions. Il est de loin préférable de fabriquer un logiciel simple en réalisation rapide dans les trois genres d'interactions plutôt que de multiplier des fonctionnalités génériques au risque de mal les intégrer à l'utilisation de l'ensemble. Une autre suggestion : commencer par une réalisation qui servirait de démonstration de notoriété, par exemple un mini serveur administrateur de données personnelles, destiné aux smartphones ?

"Liberté égalité fraternité" des utilisateurs du Web, c'est encore possible ! Mais il est plus que temps pour la réalisation de la conception originelle du Web et le support d'une forme d'intelligence répartie, au lieu de la multiplication des services centralisés et des abus manipulatoires en arrière plan qui en découlent fatalement (il n'est nul besoin d'imaginer une théorie du complot pour s'en rendre compte, il s'agit d'une conséquence mécanique).

Ah oui, n'oublions pas : comment va-t-on financer le développement, la maintenance, les évolutions, etc ? Quelques idées : collecte(s) publique(s) de fonds, abonnement payant (modeste) des utilisateurs à un service d'échange d'expérience et discussion des évolutions à réaliser, intéressement d'organismes internationaux d'échanges culturels, intéressement des agences gouvernementales en charge de la préservation des données privées, de la protection de l'enfance, etc. Il sera très instructif de voir qui sera contre. Il y aura certainement des surprises dans les deux sens, pour et contre ce projet, pour sous condition inacceptable et contre pour motifs à courte portée, notamment du fait que l'équilibre actuel entre les puissances du Web, l'écoulement des flux de trafic et la répartition des bénéfices ne satisfont pas tous les acteurs.

jeudi 11 août 2011

Société virtuelle, l'enfer avant le paradis

De récents événements nous révèlent, s'il en était encore besoin, les usages des portables et des réseaux sociaux dans la promotion, la mobilisation et l'exécution coordonnée d'opérations collectives : braquages, manifestations de rue, réunions festives, propagations de rumeurs, etc.

Des gouvernements annoncent des mesures policières, en réaction tardive aux dangers ressentis de désagrégation sociale.

Ces mesures sont peut être adaptées à l'éradication d'effets destructeurs du contexte actuel, elles ne sont pas à la hauteur des risques à venir.

En effet, demain, un degré bien supérieur dans le pire sera franchi, ce sont de nouvelles hordes de monstres effroyables que la société virtuelle pourra créer chaque semaine.

Nous connaissons la capacité de la nature humaine à créer de tels monstres. Et nous savons aussi que les gros monstres voraces et affreux, qui poussent des cris horribles, ne sont pas les plus dangereux. Le danger ne vient pas des innovations techniques, il vient de nous-mêmes.

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L'enfer délectable en variété infinie

Par exemple, c'est un enfer délicieux que nous offrirait un type de réseau social, par la transposition des méthodes de la télé-réalité sur des valeurs "club" avec un type d'organisation inspiré des univers ludiques ! On peut en imaginer des variantes à l'infini.

Par l'exploitation de l'esprit de compétition et de son alter ego l'esprit de conformisme, en procurant l'impression d'une liberté de création infinie à l'intérieur d'une discipline sécurisante, des sociétés virtuelles bien construites offriraient une palette d'éthiques et de vies symboliques aux êtres humains. Cette exploitation systématique apporterait automatiquement ses risques d'excès, d'abord par l'asservissement de quelques pauvres âmes immergées, ensuite par la fissuration galopante des fondements éthiques de la société réelle, dont les quelques principes universels pourraient alors disparaître complètement pour laisser place à des combinaisons temporaires et locales d'éthiques des sociétés virtuelles dominantes.

Histoire de me faire comprendre, je donne une illustration, en quelques lignes, d'un tel "enfer sympa" de société virtuelle, une forme organisée de compétition individuelle et de réalisation collective. (NB. Je signale en passant que ce nous appelons le "monde économique" représente une anticipation d'un univers virtuel destructeur de la société réelle, mais ses caractères de monstre primaire apocalyptique sont actuellement trop pesants pour une simple illustration, et la prise de recul vis à vis des points de vue habituels exigerait un effort trop considérable).

L'accès au "club" est réservé aux membres, répartis en plusieurs niveaux. Pour passer au niveau supérieur, il faut réaliser des exploits afin d'accumuler un nombre de points et bénéficier d'une "promo club". Un exploit, c'est une scénette jouée en groupe sur un lieu public par des membres du club. La réalisation de l'exploit doit avoir un caractère particulièrement déplacé ou offensant sur le lieu public considéré; l'exploit doit être exécuté rapidement et sans laisser de trace indélébile, en présence d'un public non prévenu. Tout membre ayant le niveau requis peut être sollicité par le club pour participer à un exploit en cours de définition ou créer soi-même un scénario d'exploit d'après des éléments de scénarios proposés par le club. Un exploit exige la participation de plusieurs membres, et sa réalisation doit être authentifiée par les enregistrements vidéos des portables "logit club" de chaque membre participant, en vue d'être publiée sur le site Web du club en synthèse choc - les meilleurs exploits de la semaine, sélectionnés par des membres choisis au hasard, apportent un supplément de points à chaque participant en fonction de son rôle. Les membres du club sont anonymes, dissimulés par un pseudo sympa, de sorte qu'on ne sait pas avec qui on va réaliser un exploit. Le club sert d'agence de voyage, car les exploits peuvent se dérouler n'importe où dans le monde. On dit qu'au niveau supérieur, les exploits peuvent comporter une partie privée complètement débridée, que la compétition y est tellement intense que les perdants le payent parfois de leur vie, mais ce sont probablement des légendes. Toutefois, certains se débrouillent pour ne jamais atteindre le niveau supérieur, au prétexte qu'ils trouvent leur satisfaction dans les exploits du niveau juste en dessous. De toute façon, on peut s'amuser à parier sur la réalisation de tel scénario en projet, ou sur la montée de tel membre du club à un échelon supérieur....

La technologie disponible ne permet pas encore l'instrumentation d'un tel club, pas dans les détails qui feront la différence avec le moyen-âge technique actuel, mais on y arrivera, c'est certain (observez par exemple sur http://www.clubic.com/, semaine après semaine, les ressorts à l'oeuvre et leurs productions). En revanche, l'organisation, les règles du jeu social... peuvent paraître déjà banales, donc autant dire qu'elles s'imposeront d'elles-mêmes, sauf qu'il ne s'agira pas seulement d'un jeu sans conséquence sur la vie des gens ni sur la société réelle. Comment ne pas voir que la participation d'un individu à un tel club ne pourrait être que définitive, et que ce type de club pourrait être décliné à l'infini afin de pouvoir répondre à l'ensemble des penchants (auto-) destructeurs de l'humanité ?

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Fin de la société ou renaissance ?

Il est certainement possible de résister aux effets réels des puissances infernales des créations sociales virtuelles à venir, et même mieux, de les utiliser pour refonder une société réelle.

A l'intérieur des sociétés virtuelles, la résistance se fera naturellement par la relativisation de leurs règles arbitraires par les participants eux-mêmes, et à l'inverse, dans la société réelle, par l'acceptation réfléchie de règles sociales éthiques universelles. Autrement dit, il s'agira de rediriger sur les sociétés virtuelles toute la puissance imaginative de contestation et de tricherie de la nature humaine, en utilisant leur propre moteur de négation de la société réelle, au profit de cette société réelle. Cela ne pourra fonctionner, évidemment, que si la société réelle représente autre chose qu'un monde imaginaire parmi d'autres, autre chose qu'un théâtre aménagé, que si la société réelle existe comme un fondement vital qui mérite d'être défendu.

Pour cela, il sera indispensable de créer des sociétés virtuelles d'intérêt général : voir par exemple le libre de Dominique Perry-Kollo sur la transmission des compétences personnelles à l'ère numérique (http://cariljph.free.fr/).

mercredi 15 juin 2011

Pour une révolution sociale

L'ouvrage proposé ici http://cariljph.free.fr/ est un essai révolutionnaire, sous des apparences gentillettes.

Le sujet, c'est la transmission des compétences personnelles à l'ére numérique, mais la réflexion menée dans le bouquin est plus générale.

Le livre développe une mise en question des solutions numériques existantes, de leur pérennité, de l'authenticité de leur souci des personnes. Non, même au seul plan logique, les solutions existantes ne peuvent suffire à reconcilier notre avenir avec notre passé dans un monde où les techniques, les idées, les modes de vie évoluent à grande vitesse.

Comment alors partager nos compétences personnelles, savantes ou banales, hors de toute compromission publicitaire, hors de toute exploitation (y compris les exploitations indirectes en arrière plan sous la forme de statistiques globalisées) ? Ensuite, comment pouvons-nous espérer exprimer aujourd'hui nos compétences pour répondre à des attentes futures non formulées ? Bien évidemment, il ne peut exister de solution qu'au travers des dialogues de personne à personne, quelle que soient les cultures, opinions, professions....

C'est donc une société virtuelle complète qu'il faut imaginer, avec ses conventions, ses règles de conduite, ses outils.

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En traduction pratique, et en résumé, du point de vue de ma petite personne dans cette société virtuelle destinée à la transmission des compétences personnelles :

  • mon "site-héritage" est un site Web personnel que je maîtrise entièrement, contenu, accès, emplacement physique
  • mon site est structuré pour communiquer mes axes d'expérience, pas pour détailler mes compétences
  • son contenu est personnel, mais mon site est anonyme (mon nom, mes indicateurs de position sociale seraient des obstacles a priori)
  • un réseau de tuteurs m'aide à améliorer la rédaction initiale de mon site
  • l'outillage de rédaction me permet de relier les contenus de mon site à des référentiels permanents (dictionnaires, encyclopédies, collections de journaux,...) afin que leur contexte soit exprimé le plus finement possible à partir d'éléments communs permanents
  • un moteur de recherche spécifique me permet de trouver les autres sites personnels susceptibles de m'aider à compléter mes compétences
  • les réponses de ce moteur de recherche sont des objets que je peux enregistrer, traiter localement (filtres), utiliser dans les dialogues
  • le dialogue de personne à personne dans la phase initiale d'enquête en vue d'un échange de compétence est conduit selon une étiquette stricte, à la fois pour une communication efficace et pour éviter les excès (inquisition, intimidation, influence, imposture,...)
  • après accord entre un donateur et un bénéficiaire, les étapes de transmission d'une compétence spécifique sont réalisées par l'intermédiaire d'une plate forme collective adéquate, analogue à une plate forme de formation à distance

Pour une telle société virtuelle supposée éternelle, plusieurs services sont attendus des fournisseurs d'accès à Internet ou sont à créer spécifiquement, notamment :

  • isolement de la société virtuelle vis à vis du Web au grand large, protection des sites-héritages (sauf une partie déclarée comme publique), des dialogues entre personnes, des échanges sur la plate forme collective
  • protection de l'anonymat des sites-héritages
  • entretien des référentiels communs permanents (archivage versionné)
  • pérennité des liens entre les sites-héritages et les référentiels permanents
  • tenue de l'annuaire des tuteurs (anonymes)
  • fourniture de l'outillage de création, rédaction, entretien des sites par leurs auteurs autorisés
  • diffusion des conventions, règles, étiquettes, de la société virtuelle et de leurs mises à jour
  • fourniture du "moteur de recherche" adapté (ou base équivalente)
  • instrumentation du dialogue non instantané entre auteurs de sites-héritages, avec interruption et reprise, et possibilité de plusieurs dialogues simultanés par auteur
  • surveillance du niveau d'activité des auteurs de sites-héritages, détection des auteurs disparus, signalisation dans les réponses du moteur de recherche

Peut-être trouvez-vous que ces listes mélangent des éléments techniques inhabituels avec des articles de morale interne à une société virtuelle particulière ?

Hé bien, vous avez tout compris : une société virtuelle ne peut se réduire à l'utilisation d'un bidule informatique à la mode du moment, et les identités et lois sociales d'une société virtuelle doivent être conçues spécialement pour répondre aux finalités de ladite société.

TOUT RESTE A FAIRE dans l'univers des sociétés virtuelles !

mardi 14 juin 2011

Un petit effort, MM. les FAI

L'emplacement idéal de tout site Web personnel devrait évidemment et logiquement être la "box" de l'utilisateur, son modem adsl, ou équivalent.

Les abonnés disposeraient de leurs sites "à la maison", ce qui créerait certainement un engouement en faveur de cette méthode d'hébergement à domicile, pas seulement pour des motifs psychologiques. A condition, évidemment, que cet hébergement à domicile soit facile à mettre en oeuvre.

Au total, on éviterait un gros gaspillage d'énergie et une cause d'encombrement inutile des réseaux : par exemple, au lieu de visionner la vidéo du dernier bébé de la famille à partir d'un "réseau social" à l'autre bout du monde, les membres de la famille pourraient voir cette même vidéo à partir du serveur Web personnel contenu dans la "box" des heureux parents. Certes, il faudrait un peu augmenter ponctuellement la capacité de débit "upload" de cette "box serveur Web" jusqu'à 2 Mbits/s, ou alors créer un "cache" dans un serveur intermédiaire, ou alors... Bref, ce serait certainement possible.

MM. les FAI, considérez s'il vous plaît la question. Vous pourriez aisément: augmenter la palette de vos prestations à valeur ajoutée, fidéliser des abonnés intelligents, sortir du champ d'une concurrence absurde avec des vendeurs de soupe qui ont 50 ans de retard et ne connaissent rien à Internet.

Voici ce que l'utilisateur devrait pouvoir faire au minimum à partir de son ordinateur local connecté à votre"box" :

  • éditer localement son site Web d'après un modèle simple correspondant à une utilisation type (par exemple collection de photos commentées),
  • transférer ce site édité dans votre "box",
  • plus tard, mettre à jour ce site, par suppression, modifications, ajouts
  • vérifier que les liens url, locaux et externes, du site Web local sont tous valides,
  • paramétrer quelles pages du site sont visibles des moteurs de recherche,
  • paramétrer une page par défaut qui serait affichée automatiquement aux visiteurs du site Web local en cas de panne ou déconnexion de la "box".

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C'est techniquement très simple. A l'exception du dernier point, n'importe quel informaticien saurait tout faire sur l'ordinateur personnel de l'abonné à la place de votre "box", et rien qu'à partir de logiciels gratuits. C'est une question de réalisme et de vision, il faut arriver à ce que n'importe quel utilisateur puisse créer facilement son propre site Web. Evitez les exigences techniques à remplir par l'abonné, par exemple tel système dans telle version sur l'ordinateur local, faites plutôt appel à des informaticiens compétents qui connaissent les principaux systèmes. Refusez les solutions complexes, par exemple celles qui requièrent l'administration d'une base de données locales, considérez donc d'abord l'immensité de tout ce qu'un utilisateur ordinaire fait couramment sans base de données, simplement avec les répertoires d'un gestionnaire de fichiers...

A vous d'imaginer ensuite des services supplémentaires : par exemple, des modèles complémentaires de sites pour des utilisations avancées, des protections des informations dans la "box", des conseils juridiques, une statistique utilisable des visites avec relevé des IP des visiteurs, etc. Oui, cela pourrait vous rapporter gros.

dimanche 12 juin 2011

Web ou pas ?

A l'origine, le Web est un univers décentralisé. Dans cet univers, chaque ordinateur connecté peut être un fournisseur d'informations.

Autrement dit, dans cette logique première, nous devrions tous avoir au moins un site web personnel !

L'Internet qu'on nous vend, c'est tout autre chose. C'est un monde merveilleux de services mis à notre disposition, y compris le téléphone, la télévision, les vidéos à la demande (pour ceux qui ont le "haut débit").

Et, plutôt que de nous inviter à créer notre propre site web, on nous offre un abri préaménagé dans un "réseau social" à la mode. Passons sur le constat que, techniquement, cette offre de "réseau social" ne fait qu'emballer des services déjà existants par ailleurs au détail sur le Web, et admettons que cet emballage constitue en soi un progrès. Le fait est que notre site "socialisé" se trouve alors physiquement à l'autre bout du monde, et que tout le trafic associé à ce site représente un gâchis, car ce trafic est à 98% d'intérêt local ou régional. Oui, beaucoup de petits gâchis font un très gros gâchis à l'échelle de la planète. Et cette centralisation de toutes nos oeuvres et relations individuelles sous une forme standardisée nourrit une énorme machinerie d'arrière plan, qui analyse statistiquement nos centres d'intérêt, nos comportements, nos réactions aux thèmes de propagande du jour, etc.

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Voici un lien vers une conférence étonnante http://www.fdn.fr/internet-libre-ou-minitel-2.html donnée par Benjamin Bayart sur le thème "Internet libre, ou Minitel 2.0 ?". La qualité de la vidéo n'est pas extra, mais le discours sort vraiment du ronron ordinaire. On apprend beaucoup sur l'histoire d'Internet et son évolution récente, d'un point de vue inhabituel, celui d'un fournisseur d'accès à l'esprit libre. Accrochez-vous, cela vaut la peine.

Un site Web personnel, pas sorcier

Il est très simple de créer son propre site Web personnnel. C'est aussi gratuit qu'une inscription dans un réseau social, et sans big brother ni soumission à la pression publicitaire, sans exploitation statistique en arriere-plan sous des apparences sympa !

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Un blog comme celui-ci se crée en quelques heures sur http://blog.free.fr/, gratuitement. Aucun besoin de connaître l'informatique, les bases de données, les langages de scripts, etc.

Un site Web de textes, de collections de photos, et peut-être quelques vidéos, se crée gratuitement chez un hébergeur (essayez votre fournisseur d'accès en premier).
Pour son édition, utilisez un traitement de texte adapté tel que KompoZer, vous n'aurez aucun besoin de plonger dans les finesses de HTML, de Javascript, ni des feuilles de style.
Pour stocker vos photos, créez des sous-répertoires dans votre site, et référencez-les par des liens locaux. Au besoin, vous pouvez même obtenir les mêmes facilités qu'une base de données en créant un tableau d'accès à entrées multiples.
Evidemment, vous devrez maîtriser l'utilisation d'un logiciel client ftp (par exemple filezilla sous Windows, gftp sous Linux) pour nourrir et maintenir votre site Web à partir de votre ordinateur local, mais ce n'est vraiment pas compliqué.

Pour dialoguer avec les visiteurs de votre site Web, renvoyez à votre blog et, inversement, créez des liens entre votre blog et telle ou telle partie de votre site.

Voilà ! Et vous pouvez mettre au pluriel : sites Web et blogs. La seule question c'est d'avoir quelque chose à dire ou à échanger.

Pourquoi est-ce que la littérature sur le sujet nous fait croire qu'il faut être informaticien ou designer... et finalement nous abandonne au confort apparent des "réseaux sociaux" et à leurs dangers ?