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samedi 31 mars 2012

Pantalonnade politico économique

Le hasard des lectures amène des rapprochements inattendus.

L'actualité nous propose une bande dessinée, Le Candidat de Malo Louarn aux Editions P'tit Louis.
On rit presque à chaque vignette, sinon on y revient.

Malo_1.jpg

C'est une pantalonnade, nous déclare l'auteur dans un appendice à la première édition. Sauf que cette comédie publiée dans le journal de Spirou vers le milieu des années 1970 est plus qu'actuelle : méga analyse statistique à but manipulateur, soutien d'un candidat fantoche par une multinationale, existence d'énormes masses monétaires dans les coffres de ladite multinationale, hypnose populacière à la perspective du fric tombé du ciel, servilité de personnages politiques au pouvoir économique et financier, frénésie de la communication et des sondages, futilité des medias, etc. Mais soudain, la fable prend une autre dimension lorsqu'on découvre que les subsides distribués pendant la campagne sont bidons.

Oui, que se passerait-il si on déclarait que toute les masses financières et les titres planqués dans les paradis fiscaux ne sont que de la fausse monnaie et ne valent rien hors desdits paradis ? Dans la BD, l'histoire se termine par une super pantalonnade libératrice...

vendredi 23 mars 2012

Vive le blog de Paul Jorion

Extrait du Blog de Paul Jorion (voir liste des liens), billet du 11 mars 2012, ci-dessous en italiques.

Dimanche dernier, j’ai lancé ici une série en cinq épisodes intitulée : Questions qui restent à résoudre.

Ces questions sont déjà connues et j’attends de vous que vous preniez l’initiative à quelques-uns – la troupe vous rejoindra sans tarder – d’entreprendre de résoudre ces questions, dont la liste précise se construira en route mais dont quelques-unes peuvent déjà s’énoncer clairement : Comment casser la machine à concentrer la richesse ?, Comment mettre la spéculation hors d’état de nuire ?, Comment redistribuer la richesse nouvellement créée ?, Comment inventer un système économique qui ne repose ni sur la propriété privée, ni sur la croissance, destructrices toutes deux de la vie sur notre planète ?, Comment faire disparaître le travail, sans que soient réduits à la misère ceux qui vivaient de ce travail ?, etc. etc.

Le moment est venu de définir en de nouveaux termes ce monde de fous dont – par lassitude et par découragement – nous nous sommes contentés jusqu’ici.

Bravo à Paul Jorion pour cette démarche d'appel aux contributions. Bravo pour avoir su attirer des contributeurs de valeur. Bravo pour votre talent, qui vous a fait écrire des livres utiles. Bravo pour votre courage de débatteur face à vos opposants. Bravo pour votre vision multidisciplinaire d'anthropologue témoin des artisans des marchés financiers. Bravo pour ce retour aux fondamentaux de l'économie. Oui, il faut fabriquer des règles viables de l'économie humaine, mais aussi que chacun puisse gérer sa trésorerie au jour le jour pour survivre sans être contraint de voler ses voisins !

N'oubliez pas en chemin les lumières de Karl Polanyi et de Cornelius Castoriadis, que vous paraphrasez par ailleurs souvent sans les mentionner. Car leurs lumières nous aident à nous dégager des concepts de la pseudo science économique. Ces concepts sont des constructions historiques de moralistes "libéraux", qui étaient à leur époque des révolutionnaires, contre les castes d'oisifs dominants et l'ordre du monde moyen âgeux. On peut considérer le marxisme comme une actualisation critique et un approfondissement de ces idées. Mais à présent, ces concepts nous plombent, car ils ne peuvent pas survivre à la fin de la croîssance, au rétrécissement de la planète, et sont déjà caducs dans le système financier actuel.

En effet, notre "science économique" se fait passer pour une création récente, au fil des révolutions industrielles dans un monde extensible. En réalité, l'économie existe bien avant, et il s'avère dangereux d'en avoir oublié les fondamentaux pour y substituer un point de vue marginaliste. La monnaie existe avant le crédit; c'est une invention humaine antérieure à l'écriture, un instrument d'abstraction du lieu et du temps. Le capital existe sous diverses formes individuelles et collectives depuis l'origine des sociétés humaines; c'est la réserve constituée en vue de projets d'avenir ou comme stock de prévention d'aléas. Et bien évidemment, ni la richesse ni le capital des sociétés ni ceux des individus ne peuvent être intégralement assimilés à des masses financières. En revenant aux fondamentaux, on redécouvre que l'économie financière se réduit naturellement à une simple logistique monétaire des activités humaines. Il devient alors plus facile de trier ce qui est bon et ce qui est parasitaire dans notre prétendue modernité.

Complément culturel. Depuis K. Polanyi (dans La Grande Transformation) et peut-être d'autres auteurs avant lui, il est à la mode de citer Aristote (vers 400 ans avant notre ère, Ethique à Nicomaque et Politique), notamment pour la distinction entre l'"économique" (au sens d'une régulation domestique et sociale) et la "chrématistique" (au sens de l'accumulation d'une richesse fondée sur l'argent). "Quoi de plus odieux, surtout, que le trafic de l'argent, qui consiste à donner pour avoir plus, et par là détourne la monnaie de sa destination primitive". C'est parfaitement clair. A diverses occasions historiques, entre Aristote et Polanyi, cette évidence fut remise en discussion de nombreuses fois. Le plus important demeure, à notre sens, qu'Aristote n'est certainement pas un découvreur, et qu'il a eu de nombreux précédents. Quel progrès dans les sciences !